CHEVALIERS DE MALTE
moment, il suspendit ses coups, afin d'assaillir, avec trois cents voiles et cent mille hommes de débarquement, l'île de Rhodes, qui lui était nécessaire comme point de communication entre Constantinople et l'Egypte.
Nous avons déjà dit (ehap. CXVIII) comment les chevaliers de Saint-Jean s'étaient établis dans cette île. Sans être effrayés par les cent bouches à feu qui foudroyaient la forteresse, ils se défendirent sous Yilliers de l'Ile Adam avec un courage intrépide. Les femmes apportaient des rafraîchissements, des médicaments, de la terre pour boucher les brèches, des pierres pour lancer à l'ennemi. Cette politique, qui, d'un fauteuil où l'on repose mollement, formule si aisément des sentences de lâcheté et d'incapacité, reproche aux Vénitiens de n'avoir pas défendu Rhodes ; mais ils pouvaient répondre : « Eh quoi ! les deux plus « grands monarques de la chrétienté épuisent les forces et le (( sang des peuples pour satisfaire des ambitions impitoyables ; « le roi Très-Chrétien est l'allié des Turcs; le roi Catholique ne « répond que par des promesses aux cris d'alarme du grand maî- « tre, et c'est de nous que l'on exige tous les sacrifices, de nous cf qui avons en Orient toutes nos forces, toutes nos ressources, « tous nos profits; de nous qui sommes les premiers exposés aux « coups de l'ennemi commun ; de nous qui sommes épuisés par « nos longs combats avec cet ennemi et les rois chrétiens, dont « aucun ne nous tendrait la main dans le péril ! Nous som- « mes donc contraints de respecter la paix que nous avons « faite avec les Turcs, d'observer les événements, et de nous bor- « ner à faire des vœux. » Néanmoins ils permirent à beaucoup des leurs d'aller rejoindre, comme déserteurs supposés, les chevaliers de Malte; entre autres, l'habile ingénieur brescian, Gabriel Martinengo (1), venu de Candie avec cinq cents soldats, dirigea la défense de l'île, où il trouva la mort des braves.
Plus de cent mille Turcs avaient péri lorsque les chevaliers capitulèrent, et le grand maître partit avec cinq mille individus;
(1) Voilà encore une de ces familles magnanimes dont nous recueillons les souvenirs, désirant qu'on fasse une histoire des familles, mais non certainement jiour satisfaire des vanités. Barthélémy CoUeone adopta trois membres de la famille bergamasque, lesquels combattirent à ses côtés à la Ricardina ; il leur transmit son amour des arts, dont ils furent les protecteurs à Brescia et à Bergame ; non moins pieux que braves, ils favorisèrent dans ces villes le mouvement religieux , commencé par Bcniardiu de Sienne , accéléré par le concile de TrcDie, cl qui lit surgir taul d'églises el de couvents.