‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 259 sur 352 · CHEVALIERS DE MALTE. SIÉGÉ DE VIENNE · texte numérisé non relu

CHEVALIERS DE MALTE. SIÉGÉ DE VIENNE

dès lors , sans résidence fixe, ils errèrent çà et là. Bernard Salviati, neveu de Léon X , comme membre de cette milice sacrée, avait enlevé Modon aux Turcs avec les galères de l'ordre de l'Eglise, aidé à prendre Coron et acquis un grand renom de bravoure. Il fut envoyé à Charles-Quint , afin d'obtenir, pour en faire la résidence des chevaliers, les îles de Malte, fief autrefois des familles Ghiaramonti et Moncada, avec Gozo et Comino, qui 1^30 lui appartenaient comme roi de Sicile, Ces rochers arides, au milieu desquels on ne pourrait vivre sans le froment et la neige qui viennent de la Sicile, ne valaient pas, disait-on, le parchemin sur lequel la donation en fut écrite ; mais l'empereur, par cette concession, élevait un rempart qui devait protéger, outre Naples et la Sicile, la liberté des mers et les intérêts commerciaux de toute l'Europe.

Les chevaliers, tous les ans, faisaient hommage d'un faucon au vice-roi. Chacune des langues dont se composait l'ordre avait à Malte un albergo où vivaient les jeunes gens qui allaient y faire leur apprentissage ; la variété des constructions révèle encore les goûts divers des nations et des temps. La langue italienne avait le privilège de la dignité de grand amiral , lequel commandait non-seulement à tous les marins, mais encore aux autres soldats, toutes les fois que le grand maréchal faisait défaut.

Soliman se dirigea vers le Danube avec cent mille hommes et trois cents canons, et vint camper à Mohacz, favorisé par les dissensions intérieures qui avaient affaibli ce pays après la mort du graud Matliias Corvin. Là il remporte une victoire sanglante, à la suite de laquelle il marche sur Bude, et l'incendie. Après J320 avoir traversé Pesth, il porte ses ravages jusqu'au Raab, et, dans l'espace de deux mois, il tue cent mille Hongrois, sentinelles perdues de la chrétienté, qui, pour des ambitions privées, se croisait les bras devant le péril commun.

Rappelé quelque temps par les troubles survenus en Asie, Soliman ne tarda point à reconduire cent vingt mille hommes contre Ferdinand, archiduc d'Autriche, qui s'était fait proclamer roi de la Hongrie, mais ne songeait pas à la défendre. Après s'être emparé de Bude et de Gran , il investit Vienne , à laquelle il donne vingt assauts; mais, toujours repoussé par la garnison, et manquant d'ailleurs de canons et de vivres, il revient sur ses pas, laissant le pays dévasté. Sans être découragé par cet échec, il rassemble trois cent mille hommes , et reparait tout à coup en

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HIST. DES ITAL. — T. Vil.

Autriche. Une grosse armée se réunit alors sous cet Antoine de Leyva qui avait tant contribué aux victoires en Italie ; avec lui passèrent les Alpes le comte Guido Rangoni, un Martinengo^ général de la cavalerie, le marquis Alphonse del Vasto, général de l'infanterie, Pierre-Marie de Rossi , comte de San-Secondo, Fabrice Maramaldo, Philippe Tornielli, Jean-Baptiste Gastaldo, Marzio et Pierre Colonna, don Ferrand Gonzague, général de l'infanterie légère, deux compagnies de chevau-légers du duc de Ferrare; il y avait aussi, de la part du pontife, avec trois cents arquebusiers et un grand nombre de nobles italiens, Hippolyte de Médicis, cardinal, qui préférait les éperons à la pourpre. Sur ces entrefaites , André Doria, envoyé par Charles-Quint pour faire une diversion par mer, occupa Coron et Patras, et menaça Constantinople. Soliman se retira donc, emmenant trente mille paysans prisonniers, et, après des négociations, accorda une paix perpétuelle à son fils repentant , comme il appelait l'archiduc

*^^^ d'Autriche.

Mais Louis Gritti, Vénitien au service de la Porte, envoyé par Soliman au roi de Hongrie, s'étant permis des actes arbitraires, et même de décapiter le gouverneur de la Transylvanie alors tranquille, les amis de la victime sinsurgèrent et le tuèrent. Soliman, occupé en Perse, demandait continuellement satisfaction de ce meurtre ; en outre , les pachas turcs , malgré la paix conclue, ne cessaient de ravager les pays voisins : de là, des luttes et du sang. Ferdinand s'en plaignit, Soliman fit de même , et la décision fut remise à l'épée. Un corps de Hongrois, d'Allemands

1534 6t d'Raliens, sous la conduite d'Alexandre Vitelli, entra dans la Hongrie; mais il fut bientôt réduit à l'impossibilité de tenir la campagne.

On a de la peine à croire qu'un si grand péril trouvât les chrétiens si indifférents; mais l'égoïsme, désormais, dirigeait la politique, et chacun, poussé, non plus par un sentiment d'amour pour la corriger, mais par une haine aveugle pour la détruire, donnait l'assaut à cette autorité qui suffisait pour réunir les chrétiens.

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