COMMENCEMENT DE LA REFORME RELIGIEUSE
Les idées anciennes, une fois qu'elles se furent insinuées dans la société, servirent à la débarrasser des scories de l'ignorance et de la grossièreté; mais, après avoir acquis de la force, elles prétendirent en modifier les croyances et, plus encore, les actes, en ramenant vers la morale païenne.
La société moderne était éclose au souffle de Dieu et sous les ailes du christianisme. On croyait que Dieu , unique source de tout pouvoir, avait confié à son vicaire sur la terre l'exercice de la double autorité temporelle et spirituelle ; ce vicaire, occupé de sauver les âmes et de conserver l'intégrité du dogme, la pureté de la morale , avait remis Tune des deux épées à l'empereur (1). L^empereur, oint par le Christ sur la terre, était considéré comme le chef des rois, comme le représentant du pouvoir temporel de FÉglise dans cette grande unité qui, dans l'ordre religieux, s'appelait catholicisme , et, dans l'ordre temporel, saint empire romain : conception sublime, qui arrachait le monde à l'arbitraire de la force pour le placer sous la protection des idées ; qui, pour faire des rois, ne tenait compte ni de la conquête ni de la naissance, mais de la foi et de l'opinion; qui prévenait souvent les guerres au moyen de l'arbitrage suprême, appuyé sur la menace des excommunications, et les rendait toujours moins meurtrières;
(I) Les Espagnols, quand ils allaient faire la conquête d'un pays en Amérique, faisaient une sommation dans laquelle on disait aux sauvages que tous les hommes étaient nés d'un seul, puis qu'ils s'étaient dispersés et uuiltipliés : « Dieu en 'I couGa la conduite à Pierre , en le constituant ciief et souverain de toute la « race humaine, afin que, dans quelque lieu qu'ils naissent, et quelle que soit « leur croyance, ils ol)cissent à lui. Il soumit le monde entier à sa juridiction, « et lui ordonna d'établir sa résidence à Rome ; il lui donna le droit d'établir « son autorité sur toutes les autres parties du monde, de gouverner et de juger « tous les chrétiens, Maures, Juifs, gentils et les autres, à quelque secte qu'ils n appartiennent. Il est appelé pape, ce qui veut dire admiraùlr, grand père, lu- « teur... Cet usage dure encore, et durera jusqu'à la iiudes siècle.;. »