‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 262 sur 352 · LES IDÉES NOUVELLES AMÈNENT LE DOUTE · texte numérisé non relu

LES IDÉES NOUVELLES AMÈNENT LE DOUTE

consistait pas dans les trois seules parties anciennes; qu'il y avait en Amérique une vie animale différente , des hommes et une civilisation tout autres ; que la terre tourne, et non le soleil ; que les livres talmudiques et la Cabale étaient des réservoirs de science profonde; que l'Inde possédait une langue mère des autres, et que le Turc n'était pas plus barbare que l'Autrichien, rintelligence pouvait-elle s'arrêter dans le cercle des mystères? L'esprit d'examen ne devait-il pas se réveiller, et de nouveaux besoins s'introduire avec les idées nouvelles ?

L'espèce humaine , parvenue à la période pensante , s'appropriait, au moyen de la raison, les vérités qu'elle n'avait possédées jusqu'alors que par la foi ; elle ne se contentait plus de demander à l'Église comment elle pourrait mieux servir Dieu et les hommes. Les sciences, disciplinées parles scolastiques comme une armée en bataille sous le commandement du Verbe de Dieu, avaient rompu leur harmonieux accord pour retourner à l'aride logique et à la théurgie chimérique ; puis, sorties du sanctuaire, elles se répandaient au moyen de l'imprimerie. La littérature renouvelée puisait l'éducation à d'autres sources que celles du christianisme, et les beaux-arts cherchaient leur inspiration en dehors de la dévotion. Les peuples, groupés autour des princes, ne sentaient plus le besoin de demander aux ecclésiastiques des règles pour leurs actes et une protection pour leurs intérêts. Le droit romain faisait désirer, à la place des institutions paternelles, des franchises locales et de l'indépendance personnelle introduite par les Germains, l'unité coordonnée des anciens. De nouvelles institutions sociales avaient transféré aux gouvernements laïques l'importance suprême; l'admiration du beau des sociétés classiques enlevait son mérite au bon des sociétés modernes. Le doute remplaçait la foi, corrompait les mœurs, et les mœurs, k leur tour, portaient atteinte aux croyances. Tous ces faits amenèrent la perte des sentiments chevaleresques, alors que la raison n'avait pas encore une base solide, et l'on vit une transformation païenne des arts, delà politique, des lettres, de la moralité, qui faisait désirer une réforme aux hommes de bien.

Ailleurs nous avons vu que le monde avait été tiré des abîmes de la corruption par l'énergie de Grégoire VIT, ou par le zèle et les exemples des saints François et Dominique; mais les circonstances n'étaient plus les mêmes. L'Église, société des âmes liées devant Dieu par les mômes croyances , fut instituée pour prononcer, comme parole vivante, sur les disputes des hommes;

Page 1