PRÉDICATEURS
fastidieux termes techniques, tandis que la littérature, redevenue païenne, accueillait avec dégoût leurs ridicules méthode's et leurs subtilités scolastiques. Bembo, à qui l'on demandait pourquoi il n'allait pas aux sermons, répondit : « Qu'irais-je y faire? On n'y entend jamais que le Docteur subtil discutant contre le Docteur angélique , puis Aristote arrivant en troisième pour trancher la question proposée (1). »
Inspirés par un goût détestable, ils mêlaient le sacré avec le profane, le sérieux avec le burlesque; toujours en quête du nouveau, du bizarre, du surprenant, ils mettaient la forme au-dessus du fond , les moyens au-dessus du but. Nous avons déjà parlé de Gabriel Barletta, et, bien qu'il appartienne au siècle précédent, ses sermons eurent dans celui-ci de nombreuses éditions (2). On prodiguait les applaudissements à Mariano de Genazzano, à Paul Aitavanti, qui, dans sa préface, se vante de citer à tout moment Dante et Pétrarque ; frère Robert Caracciolo de Lecco reçut plusieurs brefs élogieux, des mitres, le titre de nouveau saint Paul, et fut chargé de missions honorables.
Le Placentin Cornelio Musso, évêque de Bitonto, fut qualifié de Ghrysostome italien , parce qu'il avait banni de la chaire les subtilités scolastiques, les déclamations ridicules, les continuelles citations d'auteurs profanes, pour introduire une prédication solide, religieuse, conforme à l'Évangile ; les cardinaux Contarini et Bembo le regardaient « non comme un philosophe et un orateur, mais comme un ange qui persuadait le monde. » Jérôme Imperiali l'appelle Tlsocrate italien , en ajoutant qu'il avait la vigueur de Démosthène , l'abondance de Cicéron , la grâce de Quinte-Curce et la majesté de Tite-Live; on lui dédia des ouvrages, et des médailles furent frappées en son honneur. Ce qui vaut mieux que tous les éloges , c'est qu'on le chargea du discours d'ouverture du concile de Trente. Ortensio Landi dit que ce discours était « plein d'un subtil artifice, émaillé de fleurs de rhétorique , marqueté de rubis et de diamants ; il l'avait parfumé de tous les aromates précieux d'Aristote, d'Hippocrate, de Cicéron et de tous les sages préceptes d'Hermogène. »
(1) Landi, Paradoxes.
(2) A Lyon, 1502,1506, 1507,1530,1571, 1573,1577, 1594;àAgen, 1508, 1510, 1514, 1578 ; à Paris, 1518j 1521 ; à Argentan et Rouen, 1515; à Brescia, 1521 ; à Venise, 1585.