‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 266 sur 352 · PRÉDICATEURS · texte numérisé non relu

PRÉDICATEURS

La nature de l'éloge est très-significative , quand même nous n'aurions pas le discours, trop méprisé par les critiques, mais qui certes n'est pas tel que pouvait l'inspirer l'assemblée la plus auguste qu'on eût jnmais vue. La mythologie avait jeté de si profondes racines qu'il invitait les prélats à se rendre à ce synode, comme les braves de la Grèce au cheval de Troie.

D'autres prédicateurs plus vulgaires se répandaient parmi le peuple, auquel ils enseignaient des erreurs et des superstitions, sans jamais oublier, à la fin de leurs sermons, de demander de l'argent (1), Chaque ordre, chaque village, chaque église avait un saint spécial dont les panégyriques, toujours exagérés, étaient assaisonnés d'absurdités ; par fraude ou simplicité, on multipliait ses miracles, ses grâces, ses reliques, et l'on s'efforçait de lui attirer un culte qui, pour les esprits vulgaires, dégénérait facilement en idolâtrie.

François de Castrocaro, de l'ordre des mineurs observants, prêchait à Modène en 1532; selon les formes de la cour romaine, il publia un bref « donné dans le paradis terrestre, le sixième jour de la création, l'année éternelle de notre pontificat, confirmé et scellé le jour de Parascève sur le mont Calvaire », où la règle des mineurs observants était approuvée et confirmée par l'autorité divine (2). D'un autre côté, Savonarola avait habitué à mêler la politique aux sermons et à railler jusqu'aux personnages les plus haut placés. Frère Calixte, de Plaisance, un des prédicateurs les plus renommés, faisant un sermon à Mantoue, en 1537, sur le texte Seniiuastis nmltuni et iniuiistis parum, s'écriait : « Pauvre pape Léon, qui avait fait une « si grande provision de dignités, de trésors, de palais, d'amis <i et de serviteurs ! à ce dernier passage du sac troué toute chose « en sortit, excepté frère Mariano, qui, léger (il était boutfon) « comme un télu, resta attaché à la toile. Ce pauvre pape, sur « le point d'expirer, ne conserva rien de tout ce qu'il avait dans « ce monde, sauf frère Mariano, qui ne songeait qu'au salut de « son âme en lui disant : Souvenez-vous de Dieu, sainl-j)ère! Le ' pauvre pape, qui se trouvait à l'agonie, lui répondant du mieux « qu'il pouvait, faisait entendre ces mots : Dieu bon! 6 Dieu

(1) L'un d'eux s'exprimait ainsi : « Vous me demandez, mes très-cliers frères, comment on va en paradis. Les cloclies du monastère vous l'enseignent pur leur son : Dan-do, dan-do, dan-do (don-nant, dou-nanl, don-nant). »

(2) Mpratori, Annales d'Italie, à cette année.

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