SUFFRAGES. INDULGENCES
« bon! et c'est ainsi qu'il rendit l'âme au Seigneur. Il est donc « vrai, comme vous le voyez, que qui congregat merces, ponit « eas in sacculum perlusnm. »
Ce sentiment si humain, qui nous attache à ceux qui nous ont précédés sur cette terre d'exil et nous attendent dans la commune patrie, avait été consacré par la foi. En reconnaissant une communion entre les chrétiens militants et les âmes qui sont dans l'attente, elle avait enseigné que nous pouvions appliquer à leur soulagement les prières et les bonnes œuvres ; mais là encore se glissa l'ignoble idée du lucre, et les suffrages se bornèrent presque à des messes et à des offices, qui prenaient facilement l'apparence d'une marchandise.
L'Église, dès ses commencements, prescrivit des pénitences et des mortitications, comme elle usa de la faculté de les remettre ; ainsi, à côté de la doctrine qui enseigne que le salut vient gratuitement du Christ, on voyait celle de la coopération de l'homme, de la satisfaction pénale, de la rémission partielle ou plénière, selon les circonstances dans lesquelles se trouvait le pénitent. Les peines individuelles, qui ne dépassaient jamais trente ans, finirent, dans des temps d'ignorance, par embrasser plusieurs siècles ; dès lors, comme il était impossible d'en obtenir l'absolution pendant la vie, on permit de les commuer et de les faire accomplir par d'autres, surtout par les moines, et la messe, à cause de son mérite infini, fut employée plus que les autres com,muiations . Les indulgences furent même reportées sur les peines posthumes ; on voulait que les papes et les évoques pussent y appliquer une partie de l'inépuisable trésor de miséricorde préparé par le sang du Christ et les mérites surérogatoires des saints.
«Eh quoi 1 disaient les esprits forts, les prêtres sont donc les maîtres des portes du purgatoire et du paradis?» Les prêtres, il est vrai, abusèrent parfois des indulgences, soit en les accordant plénières à l'occasion des jubilés, soit encore en les prodiguant à ceux qui subvenaient aux besoins de l'Église, même temporels. Si quelqu'un avait nui à son prochain sans pouvoir le dédommager, il se procurait labsolution de sa faute au moyen d'une somme, qui semblait justifiée par l'usage qu'on en faisait. L'inquisition aurait dû punir beaucoup de coupables, si on ne leur eût pas ouvert une voie de salut par les indulgences, en changeant le délit en péché, le supplice en pénitence.
L'Église déclarait expressément que les indulgences n'avaient