‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 268 sur 352 · INDULGENCES · texte numérisé non relu

INDULGENCES

aucune valeur si elles n'étaient pas accompagnées du repentir; mais les ignorants tombaient facilement dans l'opinion contraire, fomentée par ceux qui vivaient de leur trafic. En effet, la vente des bulles d'indulgences produisit à la cour de Rome d'immenses revenus, et l'on vit même des personnes en débiter de fausses ; tout cela discréditait les indulgences et en corrompait le sens (1). Le vulgaire croyait facilement que cet argent était le prix de la chose sainte , et les frères quêteurs, chargés de le percevoir, comme ils avaient tant pour cent, vantaient d'une manière profane la vertu du pardon. Quelle est la chose, même la plus sainte, dont l'avarice n'abuse pas?

Nous avons déjà dit combien l'ivraie des superstitions s'était mêlée au bon grain, et il est inutile de répéter qu'elles réagissent sur la conduite. Aucune véritable hérésie, que nous sachions, ne prit naissance ou ne se propagea en Italie (2), où l'on discutait sur l'application, sans combattre le principe ; mais la croissante rigueur du saint office était un signe de décadence, bien que, à défaut d'hérétiques, il persécutât des sorciers et des personnes entachées de superstition.

L'esprit de vérité et de sainteté, qui reste éternellement avec l'Eglise, était néanmoins glorifié, surtout par des membres des ordres religieux. Bernardin de Sienne, dont les prédications dans

(1) Ammirato le jeune raconte qu'il vint à Florence, eu 1431, un chevalier hiérosolymitain avec un minorité : celui-là annonçait qu'il avait autorité du pape pour absoudre de la damnation ; celui-ci se tenait dans les églises pour écrire ^t sceller les lettres des indulgences et des absolutions de faute et de peine, en aI)solvant, dans des cas très-graves, les personnes qui apportaient nonseulement de l'argent, mais des habits et des élofïes. Les sénateurs, ayant conçu quelque soupçon, voulurent connaître quelle était l'autorité réelle du chevalier, et la trouvèrent moins grande que celle qu'il annonçait; ils lui défendirent donc de continuer, en écrivirent au pape, et rendirent plus rigoureuses les peines contre pareilles gens.

(2) Le minorité Jacques des Marches, prêchant à Brescia en 14C2 , alïinna que le sang du Christ versé dans la Passion était séparé de la divinité , et que, dès lors , on ne devait pas l'adorer. Il en résulta une si grande rumeur (|ue Pie II voulut que la question fût agitée en sa présence par de célèines Ihéologiens; mais les opinions se balancèrent de telle sorte que le pape dut se contenter d'imposer silence sur la question.

Novis ne savons pas quelle était l'hérésie de ceux qui, de la France et de la Lombardie, s'étaient réfugiés au milieu des montagnes de la Valteline ; le bienheureux André Grego de Pcschiera, dominicain du couvent de Saint-Marc à Florence, fut envoyé pour les convertir, et vécut quarante-cinq ans parmi des bergers et des charbonniers (H.iô).

i^^^ toute l'Italie produisirent des fruits étonnants de pénitence, introduisit parmi les franciscains une réforme rigoureuse, envoya des missionnaires en Egypte, en Assyrie, en Ethiopie, dans Tlnde, sema partout sur ses pas la paix et les aumônes, et raviva l'esprit religieux en multipliant églises, couvents, hospices. Ses fatigues furent partagées par le Vercellais Antoine, de la famille des marquis de Roddi, zélé réformateur de monastères dominicains. Antonin Pierozzi , prieur et réformateur des dominicains et théologien du concile de Florence, élu archevêque de cette ville, ne consentit à occuper ce poste que lorsque Cosme de Médicis et tous les Florentins se transportèrent à Fiesole pour l'en supplier. Sur le siège épiscopal, il conserva les habitudes monastiques et la simplicité évangélique ; son palais, sa bourse, ses greniers, étaient ouverts au premier venu, et une mule lui suftisait pour tout son service. Durant la peste de 1448 comme dans les tremblements de terre de 1453, il déploya la plus grande charité; aidé par l'infortunée et courageuse Hélène Malatesla, il fonda l'asile des orphelines et des veuves déchues, ainsi que celui des incurables et d'autres institutions pieuses qui durent encore, comme les Pourvoyeurs des pauvres honteux. Il a laissé une Somme théologique de conclusions modérées, que l'on regarde encore comme l'une des mieux distribuées, et dont il lit un résumé en italien pour l'usage des confesseurs; on lui doit aussi un abrégé d'hisloire jusqu'en 1458, œuvre de bonne foi plus que de critique. A son secrétaire, qui lui témoignait ses regrets de le voir accablé de tant de soins, il dit : « Toutes les af- « faires ne nous empêcheront pas de jouir de la paix intérieure, « si nous nous réservons dans le cœur un asile où nous puis- « sions être avec nous-mêmes, sans que les embarras du monde « y pénètrent jamais (1) » .

(1) Dans la vie de saint Antonin écrite par Vespasiano, publiée par Mai dans le Spicileghtm rumattum , je lis : « Arrivé à Rome , il fut bien accueilli par le pontife et la cour de Rome; contrairement à l'opinion de ceux qui disent que les prélats ont recours à la magnificence pour se faire priser, il se rendit à Rome avec une cape de simple moine, une vilaine petite mule , peu de serviteurs. 11 était en si grande réputation qu'il n'allait dans aucun lieu écarté de Rome sans voir, quand il passait dans les rues, quelqu'un tomber à ses genoux poiu- l'honorer ; il était bien plus vénéré que les prélats avec leurs belles mules et leur cortège de chevaux el de serviteurs. »

Bien que quelques-uns de mes amis m'accusent du contraire, je crois qu'on me reprochera de n'avoir pas tenu compte de tous les hommes pieux et saints

Le dominicain Mathieu Carrieri, de Mantoue, fut un orateur mo distingué; mais, par la prière et son exemple, il opéra des conversions plus étonnantes dans l'Italie, en ramenant dans la bonne voie des pécheresses fameuses, en cultivant de naissantes vertus, "^onzèle fut dénoncé comme excessif au duc de Milan, et il dut se iistifier de ne pas se tenir dans les bornes de la modération, qui est l'unique vertu pour quelques-uns. Capturé par un corsaire, en se rendant de Gênes à Savone, il finit par obtenir sa liberté, qu'il offrit aussitôt pour racheter une dame prise ellemême avec sa fdle ; le corsaire, touché de cet acte de générosité, délivra tous les captifs. Le dominicain Antoine Neyrot de Rivoli, au moment ou il passait à Naples, fut également enlevé hm par un corsaire et conduit à Tunis. Là, trop faible pour supporter les souffrances du captif, il se fit mahométan; mais, s'étant bientôt repenti, il mérita le martyre, et des marchands génois transportèrent son corps dans sa patrie, où des miracles signalèrent sa présence.

Constant de Fabiano, du même ordre, disciple du bienheureux Conradin de Brescia et de saint Antonin, partagea son temps entre l'étude, la prière et les macérations ; il obtint, pendant sa vie, un culte qui fut bientôt reconnu. Bernard de S'cammaca de Catane, renonçant aux désordres de la jeunesse pour se livrer aux exercices de piété, se fit dominicain, et se consacra tout entier au soulagement des misères, en même temps qu'il s'occupait de sa propre sanctification. Jean de Licci, de Païenne, qui vécut cent quinze ans, édifia les dominicains; Sébastien des Maggi^ de Brescia, renonça à la gloire d'homme de lettres pour convertir les pécheurs et réconcilier les ennemis, surtout à Gênes, où il mourut en 1494.

Parmi les franciscains, Jacques des Marches de Mombran-

(Ic l'Italie. En réalité, c'est là un nouveau point de vue de l'histoire italienne, cl il importe de les étudier, autant du moins (|ue les Borgia et les Arélins. Rohrbacher, dans le livre LXXIX de V Histoire universelle de l'Eglise catltolir/ue (Paris, 1851), après avoir énuméré les nombreux saints de la moitié du quatorzième siècle, termine ainsi : On le voit, l'Italie était un paradis terrestre dont le ciel paraissait sillonné de nuages et d'éclairs en tout sens, mais dont le sol produisait Us plus belles fleurs, les plus beaux fruits, et pour le temps et pour l'éternité. Il y a des voyageurs d'histoire qui n'aperçoivent et ne signalent que ces éclairs et ces nuages. Jutant vaudrait dire que le printemps est la triste saison où. les hannetons bourdonnent, où les grenouilles coassent, où les chenilles rongent les arbres, où la vermine foisonne partout.

done s'imposa un genre de vie très-rigoureux ; dans ses prédications de Milan, il fut si heureux que le peuple voulait l'avoir pour archevêque; mais il s'enfuit. Accompagné de Jean de Capistrano, il parcourut TAUemagne, la Bohême, la Hongrie, prêchant et excitant les peuples contre les Turcs. Antoine de Stroconio, dans i'Ombrie; Pacifique de Geredano^ dans leNovarais, auteur d'une Somme pontificale; Jacques d'Illyrie, moine à Conversano et à Biceto près Bari ; Pierre de Moliano, compagnon, puis successeur de Jacques des Marches; Ange de Chivasso, révéré, surtout à Cuneo; Vincent d'Aquilée, qui s'était condamné aux plus étonnantes austérités, ne sont qu'une minime partie des membres dont cet ordre put se glorifier.

if,9^ Bernardin Tomilano, de Feltre, bien que sa personne fût dis-

gracieuse, charmait le peuple par son éloquence et sa vertu, par son empressement à recueillir les gémissements des veuves et des orphelins. Les monts-de-piété, alors à peine introduits par un certain Barnabe, franciscain de Pérouse, furent soutenus et propagés par Bernardin, sauvant ainsi des exigences des usuriers, qui, par exemple, avaient à Parme vingt-deux banques, où ils prêtaient jusqu'à 20 pour 100.

1508 Les Calabres nous offrent leur François de Paule, qui institua

l'ordre des minimes, afin que leur exemple corrigeât les chrétiens, qui s^étaient relâchés dans le jeûne et les autres pratiques de dévotion. Il prit pour devise le mot charité, et sut dire la vérité aux rois de Naples. Lorsque Louis XI de France, atteint d'une maladie, l'envoya prier de se rendre auprès de lui, il n'obéit que sur l'ordre du pape ; puis il annonça à ce même Louis que la vie des rois, comme celle des autres, est dans la main de Dieu, et qu'il devait se préparer à mourir. En France, on l'appelait le bon homme , et ses religieux, de même qu'un poirier dont il avait apporté la greffe, conservèrent ce nom .

Le bienheureux Antoine de Mendola fut augustin, comme le bienheureux André de Monreale, près Rieli, qui, pendant cinquante ans, prêcha dans l'Italie et la France. D'ailleurs tous les ordres, si l'on fouillait dans l'histoire, offriraient des personnages illustres par leur vertu ou leur savoir. Nous citerons, parmi les femmes, ht Romaine Françoise de Busso, qui, ayant épousé à douze ans Laurent des Ponzani, fut le modèle de ses compagnes, surtout au milieu des souffrances de l'invasion du roi Ladislas et de la peste ; pendant trente années, elle servit les malades dans les hôpitaux sans négliger les soins domestiques, et

PERSONNES SAINTES, Ml

finit par instituer l'ordre des oblates. Catherine de Pallanza, après avoir entendu à Milan le bienheureux Albert de Sarzane prêcher la passion du Christ, consacra sa virginité à Dieu, pour se retirer, avec d'autres jeunes tilles, sur le mont Varèse, où chacune devint un modèle de perfection ascétique.

Véronique, née de pauvres parents milanais, contrainte de travailler continuellement, même après qu'elle fut entrée dans Tordre des augustines, apprenait elle-même, durant la nuit, à lire et à écrire, et Dieu la combla de faveurs. Catherine des Fiesco de Gènes, dont le père fut vice-roi de Naples, se voua, dès son enfance, à la piété la plus austère; obligée d'épouser un Adorno, comme gage de réconciliation entre les deux familles rivales, elle fit preuve, durant les dix années de son mariage, d'une patience continuelle, couronnée par la conversion de son mari. Elle servit les pauvres dans l'hôpital, et pendant les ravages des pestes de 14.97 et ISOl. Consolée par les illuminations d'en haut, elle poussa les abstinences à l'extrême; elle a laissé des œuvres qui, par la ferveur et l'élévation , égalent celles de sa contemporaine sainte Thérèse.

Il faut joindre à cette liste la Romaine Louise d'Albertone, Catherine Mattei de Racconigi, Madeleine Panatieri de Trino, Catherine de Boulogne, qui écrivit les Sept Armes spiritudles ; la carmélite Jeanne Scopello de Reggio; Séraphine, fille de Gui Antoine, comte d'Urbin, et femme malheureuse d'Alexandre Sforza, seigneur de Pesaro; Eustochie, de la famille des seigneurs deCalafato, à Messine, qui fonda le Mon t-des- Vierges; Marguerite de Ravenne, éprouvée par des infirmités douloureuses, fondatrice de la confrérie de Bon Jésus; Stéphanie Quinzani d'Orzinovi, parvenue à un tel renom de sainteté que les villes se la disputaient : le sénat vénitien, les ducs de Mantoue et de Milan lui demandaient des conseils; avec le produit d'aumônes, elle construisit un monastère à Sancino ; enfin Marguerite de Savoie, veuve du marquis de Montferrat ; Dieu lui ayant proposé de choisir, parmi les épreuves, entre la calomnie, la maladie ou la persécution, elle résolut de les subir toutes.

Mais la piété de ces personnes, et d'autres que nous citerons ou tairons, ne suffisait pas pour accomplir cette réforme, qui aurait dû venir de plus haut. L'autorité pontificale, qui avait gouverné le monde pendant tout le moyen âge, s'était déjà vue en butte aux attaques de quelques hommes hardis, comme Arnaud de Brescia et les Patarins; mais la critique restait étouffée

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