‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 28 sur 352 · LOTERIE · texte numérisé non relu

LOTERIE

des Germains, avant môme qu'ils sortissent de leurs forêts sauvages. L'Église et les communes essayèrent en vain de les empêcher : mais quelques républiques voulurent en faire un objet de spéculation, en donnant à ferme le droit de tenir des maisons de jeu ou tripots; Venise en concéda le privilège à ce Barattiere qui éleva, dit-on, les colonnes sur la Piazzetta.

Dans un édit du mois de janvier 1448, il est fait mention de la loterie, lorsque (invention de Christophe Taverna, banquier de Milan) on proposa sept bourses au sort; la première de 100 ducats, la seconde de 75, et les autres avec une diminution progressive. Chaque mise coûtait 1 ducat ; dans une réclame, on exhortait chaudement à profiter de cet insigne bienftnt de Dieu, à ne point laisser échapper l'occasion de s'enrichir à si peu de frais, tant est vieux l'art de duper le pauvre peuple. Cette loterie fut connue en Italie sous le nom de borse délia ventura (bourses du hasard); puis en, 1350, elle s'établit régulièrement à Gênes avec tant de profit pour les entrepreneurs que la république leur imposa une taxe de 60,000 livres génoises, augmentée successivement, si bien qu'en 1730 elle en tirait 300,000. Les autres gouvernements, pour empêcher l'argent de sortir du pays, s'empressèrent de l'imiter (1). Clément XI exclut, par une bulle sévère, la loterie de ses États, condamnant aux galères les contrevenants, et disant qu'il voulait délivrer les peuples de cette sangsue pernicieuse; mais, sous Innocent XIII, on ajouta, dans la loterie de Rome, une augmentation de 20 pour 100 sur les ambes et de 80 sur les ternes. Cet impôt immoral se propagea; enfin tous les pays qui ne veulent pas sacrifier la moralité des sujets à un lucre sordide l'abolissent maintenant.

Les échecs, invention orientale, sont mentionnés souvent, et peut-être les croisades les introduisirent en Europe (2). L'an-

(1) On voitpar les Diarj de Marin Sanuto, vol. XXXII, fol. 341, que la loterie fut eu us.ige à Venise et désapprouvée.

Tonti, banquier italien qui s'établit en France en 1G50 , imagina une loterie alimentée par le produit du péage que l'on payait sur le Pont-Royal de Paris , construit par des actionnaires; les recettes étaient distribuées entre les survivants de ces actionnaires jusqu'il la mort du dernier. Les actions , de 48 livres chacune, étaient au nombre de cinquante mille; telle fut l'origine des assurances sur la vie, qu'on appela tontines. Au moyen de combinaisons semblables, on construisit Saint-Louis, Saint-Roch, Saint-Nicolas, la coupole du Panthéon et d'autres églises.

(2) Saint Pierre Damiani, liv. i, ép. 10, reproche aux ecclésiastiques leur

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