‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 278 sur 352 · CENSUBE DES ABUS ECCLÉSIASTIQUES · texte numérisé non relu

CENSUBE DES ABUS ECCLÉSIASTIQUES

nèrent contre la cour romaine , sans encourir pourtant aucun reproche, et sans même que leurs livres fussent prohibés.

Si Boccace^ dans frère Cipolla, ne fait que tourner en ridicule les vendeurs de reliques, et, dans Ciapellelto, les conversions menteuses, il pousse entièrement au rationalisme dans la fameuse histoire de V Anneau. Les nouvelles des autres écrivains • sont remplies de sarcasmes et d'aventures sur le compte des moines; mais, parmi les auteurs de ce genre d'écrits, celui qui les flagelle avec le plus d'acrimonie est le Salernitain Masuccio (1 ).

La satire, impuissante contre Pempire et les tyrans, s'exerça contre la discipline relâchée. Poggio, qui fut secrétaire de trois papes, en décrivant dans des lettres à Léonard Bruno le supplice de Jean Huss et de Jérôme de Prague, se déchaîne contre Rome par compassion pour ces victimes; ses inconvenantes Facéties, dans lesquelles il fait la satire du peuple et des aristocrates, des érudits et des parleurs, des ecclésiastiques et de la cour romaine, furent imprimées à Rome même en 1409.

Jean-François Pic de la Mirandole, dans le concile de Latran, s'éleva contre l'ambition, l'avarice et la corruption du clergé avec une hardiesse qui ne fut dépassée par aucun hérétique, et proclama le désir général d'une réforme.

George Trissino, esprit tranquille, qui reçut de deux papes des honneurs, des missions et même des ambassades, attaque , dans V Italie délivrée^ les prêtres, « si avides de biens, qu'ils vendraient le monde pour de l'argent ». Il fait prédire par un ange à Eélisaire la corruption dans laquelle tomberait la cour romaine, au point que les pontifes ne songeraient qu'à enrichir leurs bâtards par des duchés, des seigneuries et des domaines: ils devaient conférer sans vergogne des chapeaux à leurs mignons et aux parents de leurs courtisanes; vendre les évêchés, les bénéfices, les privilèges, les dignités, ou bien les donner à des personnes infâmes ; dispenser pour de l'argent de l'observation des meilleures lois, ne conserver aucune toi, attenter à la vie par les trahisons et le poison, semer la discorde et le scandale parmi les princes et les chrétiens, de manière à servir la cause des Turcs et des ennemis de la religion. Il termine en disant que

(1) Dans la dixième Nouvelle, il dit : « Comme un vieux pénitencier, non pas dans un village ou quelque lieu rustique, car alors l'ignorance pourrait l'excuser, mais dans l'illustre cité de Rome et au milieu de Saint-Pierre, il vendait, par grande malice et perversité , comme sa propriété, le paradis à qui voulait l'acheter, ainsi que je l'ai appris d'une personne digne de foi. »

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