CONTES. ROMANS
tiquilé classique ne parle jamais des cartes, dont l'usage, avec leurs combinaisons ingénieuses, qui faisaient dire à Leibniz que les hommes n'avaient dépensé en rien autant d'intelligence que dans les jeux, nous arriva de l'Orient par l'Espagne. Le luxe envahit de bonne heure cette vanité; Philippe-Marie Visconti, en 1430, payait quatorze cents pièces d'or un jeu de cartes peint par Marziano deTortone. Puis^ atin de pouvoir satisfaire par le bas prix aux demandes croissantes, on imagina de les imprimer au moyen de tablettes , qui furent un acheminement à la plus grandiose des découvertes modernes, l'imprimerie.
Ce nom nous rappelle un nouveau genre d'occupations ou passe-temps, qui firent les délices des Italiens d'alors. Au milieu d'une si grande disette de livres, bien peu d'individus avaient pu se procurer le plaisir de la lecture; néanmoins on recherchait beaucoup les romans, dont la plupart venaient de France, et qui étaient parfois traduits en italien, mais plus souvent imités. Les gens honnêtes fuyaient cette lecture , et Guillaume Ventura d'Asti, par son testament, recommandait à ses lîls de la haïr comme il avait toujours fait lui-même fl). Boccace oppose à l'hypocrisie de la veuve, dans le Corbaccio, le conseil de s'abstenir de ces récits, et Dante en signalait le danger dans Françoise et Paul, que le plaisir de hre les amours d'iseult et de Laucelot avait entraînés au péché. Le beau monde, au contraire, en faisait ses délices; Michel- Ange Trombetti, dans un poëme sur les gestes d'Ugo, comte d'Alvernia, en 1488, poëme qui se trouve manuscrit à la bibliothèque Laurentienne , désigne les romans de
passion pour la chasse, les dés et les échecs, qui changent un prêtre en mime. Cortusio {Rer. It. Script. XH, 73) dit que le seigneur Rizaido de Camicco, à la manière des nobles, jouait aux échecs pour s'amuser. Galvauo Fiamma écrit que les nobles jouaient aux dés et aux échecs. Dans leSlatitto dell'artc di Calimala, au livre II, parag. G, on trouve une prohibition des jeux de hasard, sous peine d'une amende de dix livres; il n'y a exception que pour les échecs, et durant le jour. Le statut de Pise de 1284 défend aussi les jeux, sauf, et pendant le carême, les échecs, le jeu des boules, etc. Pascasio Giudico, médecin-vojageur du seizième siècle, passant à Pavie, y écrivit un traité Des jeux de lutsurd et de la maladie déjouer de l'argent , ouvrage où il tente de se guérir lui-m«me , mais eu vain. Au milieu d'une l'oule d'anecdotes, il jaconle qu'un Vénitien joua sa femme, et qu'un autre, qui avait joué toute sa vie , voulut même continuer après sa mort, en ordonnant qu'on revêtit de sa peau une table de jeu, et qu'on fit des dés avec ses os.
(1) Faùulas scripias in Hbris , qui Romanzi 'vocantur, vitare debeant, quoi semper odio kabui. (Rer. It. Script. XI.)