‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 286 sur 352 · PRÉDICATIONS CONTRE LES INDULGENCES · texte numérisé non relu

PRÉDICATIONS CONTRE LES INDULGENCES

nion accusée d'hérésie, passaient dans le camp ennemi ; de l'autre, comme il arrive toujours, les disputes creusaient davantage le fossé qui séparait les adversaires. Au lieu de censurer les abus, on attaquait les principes, et l'on négligeait de tlétrir les excès des prélats pour révoquer en doute le pouvoir légitime du pape et même son autorité en matière de foi. Ainsi, au moment où les menaces des Turcs rendaient nécessaire une union plus étroite , la chrétienté se partageait en deux camps, d'abord opposés, bientôt ennemis. Rome se tut néanmoins pendant neuf mois , car elle croyait qu'il ne s'agissait que d'une de ces querelles qui, d'ordinaire, naissaient et mouraient parmi des moines oisifs et des professeurs hargneux. Les doctes de l'Italie ne pouvaient s'imaginer qu'un barbare enfantât quelque chose d'extraordinaire ; le siècle, épris des arts, croyait qu'il suffisait d'opposer aux syllogismes la construction du Vatican et le tableau de la Transfiguration, langage inintelligible pour la positive Allemagne. Léon X se complaisait à ces subtihlés, et disait : Frère Martin eut une belle intelligence, et tout cela n'eut que jalousie de moines. Tout au plus ajoutait-il : « C'est un Allemand ivre, et il faut lui laisser cuver son vin (1). »

L'empereur Maximilien, plus voisin de l'incendie, en reconnut la gravité et sollicita l'intervention de Léon, qui, comme 1518 quelqu'un réveillé par force, cita Luther à comparaître devant

juillet, son trône. Frère Martin, tout en protestant de sa soumission au pontife, s'était procuré des appuis terrestres, et, grâce à l'électeur de Saxe, il obtint d'être entendu en Allemagne par un délégué. Le choix tomba sur Thomas de Yio, cardinal de Gaële,

* dominicain en grande réputation de savoir et de sainteté; déjà,

devant le chapitre général de son ordre, il avait soutenu une dispute fameuse avec Jean Pic de la Mirandole, et publié un ouvrage sur les indulgences, loué par Érasme comme étant de ceux qui rem illustrant, non excitant tumultum. Ne s'apercevant pas combien il est imprudent d'appeler le sens commun à juger de matières positives fondées sur l'autorité, il proposa une discussion publique à Augsbourg. En effet, dès que la question fut réduite à ses véritables et derniers termes, c'est-à-dire l'obéissance absolue à l'Église comme Punique juge en matière de foi, Luther refusa de faire acte de soumission sans réserve; puis, feignant de n'être pas en slireté, il s'enfuit secrètement.

(1) F.in voll holniiikeiipr Dcutscher. LuTllKtl, CEuvrc.i, tome XXII , p. 1337.

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