‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 287 sur 352 · LUTHER EXCOMMUNIÉ · texte numérisé non relu

LUTHER EXCOMMUNIÉ

Léon X approuva ce qu'avaient fait les distributeurs de bulles d'indulgences, en déclarant Luther hérétique.

Soutenu par la faveur populaire et ses disciples, frère Martin devint plus hardi et ne respecta désormais que les vérités littéralement exposées dans les deux Testaments et dans les quatre premiers conciles œcuméniques. Du reste, il repoussa la transsubstantiation, les sacrements, le purgatoire, les vœux monastiques, l'invocation des saints. Il écrivit au pape une lettre ironique, dans laquelle il lui témoignait de la compassion comme à un agneau parmi des loups, et répétait toutes les abominations qui se débitaient sur Rome : a C'est un grand malheur, ô bon (( Léon, que tu sois devenu pape dans un temps où le démon « seul pourrait l'être. Plût à Dieu que tu eusses vécu de quelque « bénéfice ou de l'héritage paternel, au lieu de rechercher un « honneur qui n'est digne que de Judas et de ses pareils réa prouvés ])ar Dieu ! »

Léon alors, renonçant à sa longanimité, lança l'exconinumi- 1520 cation, et Luther, comme Savonarola l'avait fait avec les livres i-'juin. immoraux, brûla devant les étudiants de VVittemberg les décrétales et la bulle, en disant : « Puissé-je en faire autant du pape, qui a troublé le Saint du Seigneur ! » Puis, déposant l'habit d'augustin, il épousa Catherine Bore, ex-religieuse, et changea la forme du culte.

Quiconque se jette en avant sans respecter aucun frein, est sûr d'être applaudi par les jeunes gens. L'imprimerie, qui parut seulement alors s'apercevoir de sa puissance, répandait les discussions avec rapidité ; les beaux-arts prêtèrent aussi leur concours en multipliant les dessins, les objets en relief, les caricatures, les portraits, qui sont un appât pour la multitude. Les savants tressaillaient de joie au milieu de ces controverses, et découvraient dans Luther une force d'esprit merveilleuse; les gens de lettres, bien qu'il écrivît grossièrement, applaudissaient à ses attaques contre la scolastique discréditée et contre les moines, qu'ils considéraient comme Tignorance et la pédanterie incarnées. Les beaux esprits riaient du pape, malmené si rudement, comme ils riaient des réformateurs, affectant un rigorisme enthousiaste, et assistaient à la lutte pour voir qui l'emporterait.

Quelques âmes droites crurent apercevoir dans Luther l'homme suscité par Dieu, non pour détruire le dogme, mais pour corriger les erreurs. Les individus qui s'abritent sous le nom de mode-

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