‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 30 sur 352 · ROMANS · texte numérisé non relu

ROMANS

chevalerie qu'il conseille de lire, parce que celui qui n'y trouve pas de plaisir est un homme sans raison et bestial. La lecture s'accrut avec l'imprimerie, qui ne se borna point aux livres sacrés et classiques. Il n'est pas inutile de savoir que, de 1473 à 1498, le GuérinMeschino eni dix éditions; \e Million, de Marco Polo, s'imprima en 1496; mais, avant et plus tard, on publia (les récits de voyages.

De même que la littérature, séduite par les chefs-d'œuvre anriens que l'on trouvait, ou par la plus grande facilité de les posséder, s'était jetée entièrement sur l'imitation, si bien que tonte originalité menaçait de disparaître au milieu des orneiiirnts du conventionnel classique, ainsi on ne savait admirer que la société antérieure au christianisme. Les mœnrs se relâchaient par imitation classique, et Jean- Antoine Campano, cvêque de Teramo, remplit ses poésies de Sylvies, de Dianes et (le Surianes, ce dont il gémit souvent et se féUcite parfois. Ambroise des Angeli Traversari , général des camaldules , ami d'Eugène IV et son légat à Baie, renommé pour son érudition non moins que pour la pureté de ses mœurs, n'écrit jamais à Nicolas Nicoli sans saluer sa Benvenuta, dame très-fidèle, bien qu'elle ne fût qu'une femme entretenue, célèbre par des aventures de mauvais lieu (1). Cosme de Médicis accepta la dédicace de VHermafjhroditus de Panormita , qui paraissait très-cynique à Poggio lui-même, narrateur sans vergogne, bien qu'il lût secrétaire apostolique ; ^néas Sylvius Piccolomini , homme grave et futur pape, égalait dans une nouvelle la licence de Boccace.

Le sens moral était troublé par l'habitude d'insulter d'abord au passé avant de s'être prémuni pour l'avenir; aussi les consciences les plus élevées hésitaient et changeaient, l'orgueil s'insurgeait contre Dieu, et la volupté contre le devoir. Les multiliides conservaient le sentiment religieux, quoiqu'il se manifestât par une moindre dévotion : puisé en quelque sorte dans le sein de la mère, il agissait encore sur les âmes au milieu des passions; malheureusement les gens de lettres le bafouaient et )(! troublaient, non pour faire un libre usage de leur raison , mais en vertu de l'autorité des textes, qu'il s'agit des anciens classiques ou de leurs commentateurs, au nom desquels ils attaquaient même le dogme, et c'était là, disaient-ils, un simple exercice de logique ou d'érudition. Gambi , en 1453, écrit qu'un

(1) Livre viii, ép. 2, 3, 5, etc.

60 FUNÉRAILLES DE CORTUSIO.

médecin, nommé Jean Decani, qui ne croyait pas à la résurrection des morts, fut condamné au gibet à Florence ; cette année, mourut Charles d'Arezzo, chancelier de la seigneurie , qui eut de grandes qualités : « Que Dieu l'accueille bien dans le ciel, s'il l'a mérité, non qu'on le pense, parce qu'il est mort sans confession ni communion , et non comme un chrétien. » A cette occasion , nous rappellerons que le jurisconsulte Louis Cortusio, qui mourut à Pavie le 17 juillet 1418, défendait à ses amis et parents de le pleurer, sous peine d'être déshérités; il constituait pour son légataire universel celui qui rirait de meilleur cœur : « Que l'église et ma maison , prescrivait-il , au lieu d'être tendues de deuil, soient parées de fleurs et de feuillage ; que la musique remplace le son des cloches funèbx'es; que cinquante chanteurs et musiciens soient mêlés au clergé pour chanter Alléluia au milieu des violes, des trompettes, des luths, des tambours, et qu'on leur donne à chacun un demi-écu; que mon cadavre, enfermé dans un cercueil recouvert d'étoffes de couleurs diverses, gaies et magnifiques, soit porté par douze jeunes filles vêtues de vert qui chantent des airs joyeux, et qu'elles reçoivent une dot; pas de cierges, mais des branches d'oliviers et de palmiers, et des guirlandes de fleurs ; je ne veux pas de moines qui ont la tunique noire. » Ce fut au milieu de ce cortège, qui représentait plutôt un mariage que des funérailles, qu'on l'ensevelit à Sainte-Sophie.

Parler de livres et de gens de lettres, c'est indiquer qu'on s'éloigne déjà des âges précédents; en outre, nous voyons l'amour du savoir croître jusqu'à la passion. Était-ce au profit des saines pensées et de la moralité dans les actes? nous en doutons. Ces doctes (nous l'avons remarqué trop souvent) n'étaient rien moins que des modèles de mœurs austères et de dignité. Dans leurs lettres, ils prodiguent les remercîments pour les bienfaits reçus, ou s'abaissent pour demander, parfois avec une insistance importune, comme nous l'avons vu dans Philelphe, un des écrivains les plus renommés. Plutôt fanfarons que hardis, esclaves de l'autorité des classiques, ne tolérant aucun dissentiment, ils se livraient à de puériles discussions, engageaient entre eux de grossières querelles, divertissement aimé de ce siècle, et nonseulement s'attaquaient sur des questions de doctrine, mais se reprochaient toutes leurs habitudes vicieuses (1).

(1) Léonard Bruno écrivit que Nicolas Nicoli uuiKjuam -verha duo latina, ob

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