LA RÉFORME FAIT DES PROGRES
étroits, il fut défendu par Rome, qui tolérait les hardiesses tant qu'elles ne compromettaient pas Tunité de la foi. Ainsi, comme on l'a dit, ce ne fut pas alors que l'on traduisit la Bible en langue vidgaire; de même, on ne pouvait dire nouvelles les doctrines de Luther.
Dès son berceau, l'Église dut soutenir avec la parole les vérités qu'elle scellait de son sang. Réunie autour du successeur de Pierre, elle discutait des dogmes, et, selon l'inspiration de l'Esprit-Saint, fulminait contre l'orgueil de la raison, qui dit à l'oreille de l'homnje, comme jadis le tentateur : Tu es Dieu. Durant la lutte entre le pastoral et l'épée, toutes les questions relatives au pouvoir pontifical avaient été agitées, et le monde avait proclamé la supériorité de la matière sur l'esprit, de la force sur le sentiment. Les Vaudois , les Cathares et toute cette variété de novateurs avaient accepté l'Écriture comme le juge unique en matière de foi : selon eux, la tradition, comme parole humaine, était sujette à l'erreur, tandis que la lettre de feu de l'Écriture resplendissait comme le soleil, et restait pure de toute illusion; le culte extérieur était iimtile, et il fallait voir dans le successeur de Pierre un antechrist, dont la chaire ne tarderait pas à s^écrou- 1er. La liberté d'examen avait servi de bannière à tous les hérésiarques; il n'y avait pas une vérité ni une erreur sur la grâce, sur la justification, sur le purgatoire, qui n'eût fourni matière à discussion.
Luther ne fit que glaner les doutes semés à travers les siècles, et substituer à la tradition constante de mobiles explications exotériques, qu'il jetait hardiment, sans s'inquiéter de les mettre d'accord, au milieu d'un monde disposé mieux que jamais à recevoir une semblable semence. Cependant, lorsque Léon lança 1521^^ la condamnation définitive, Charles-Quint, qui avait besoin du pape dans ce moment, proscrivit Luther et ses adhérents; mais bientôt leur nombre s'accrut au point qu'ils purent résister à l'empereur, lequel, comme les nécessités politiques avaient changé, accorda l'intérim, c'est-à-dire la tolérance.
Dans l'espace de dix ans, grâce aux passions qui la fomentaient, la réforme s'étendit rapidement. La monarchie papale semblait une entrave à chacune des nationalités qui s'étaient constituées. Les classes moyennes, après avoir fait prévaloir la propriété démocratique sur la possession féodale, attaquaient la haute aristocratie, en mettant la doctrine séculière au-dessus de celle du clergé. Les gouvernements, qui s'étaient fortifiés, ab-
Sjanvler.