LA REFORME
horraient un système qui enlevait à leur empire une partie de l'homme et les consciences; les princes, épuisés par les guerres et l'entretien des armées permanentes, convoitaient les biens du clergé (1), qu'ils ne respectaient que par peur de Rome ; des religieuses et des moines de vocation douteuse se réjouissaient de pouvoir s'affranchir d'une discipline odieuse; les Allemands étaient heureux de repousser la suprématie de ces Itahens qui les avaient empêchés de subjuguer l'Europe entière. Luther, dans sa proclamation à la noblesse chrétienne d'Allemagne, excitait sa jalousie contre les usurpations progressives de Rome et du clergé sur la nation tudesque : « Plus de nonces apostoli- « ques qui volent notre argent. Pape de Rome , écoute bien : « tu n'es pas le plus saint, non, mais le plus pécheur; ton trône « n'est pas affermi au ciel, mais attaché à la porte de l'enfer... « Empereur, sois le maître ; le pouvoir de Rome t'a été dérobé ; « nous ne sommes plus que les esclaves des tyrans sacrés; à toi « le titre, le nom, les armes de l'empire; au pape ses trésors et « sa puissance; le pape suce le grain, à nous la pelure. »
Mais Luther lui-même n'était plus capable de contenir les esprits qu'il avait poussés dans la voie de la libre interprétation; bien que, infidèle à son principe de la raison individuelle, il opposât aux exagérés la sainte Écriture et les livres symboliques, les conséquences logiques de la réforme ne lardèrent point à se manifester. Dès que chacun put l'interpréter à son gré, la Bible servit à favoriser les passions. Les gens du peuple, y ayant lu que les hommes sont égaux , firent éclater la haine irréconciliable
(1) Il n'est pas hors de propos de rappeler un des Discours de tabU de Luther : Cl Le proverbe dit que le bien des prêtres s'en va eu fumée; eu elYet , « ceux qui ont ravi les biens des églises sont devenus plus pauvies qu'aupara- « vant. » Burckhart Hund, conseiller d'Etat de l'électeur de Saxe, avait coutume de dire : « Nous autres nobles, nous avons ajouté les biens des couvents « aux nôtres, et ceux-là ont mangé ceux-ci, de manière que nous n'avons con- « serve ni les uns ni les autres. A ce sujet , je veux vous raconter une petite « fable : L'aigle eideva un morceau de viande rôtie de l'aulel de Jupiter, l'ap- « porta à ses aiglons dans son nid, et reprit son vol pour chercher une autre '< proie ; mais lui chai bon ardent, qui était resté attaché à la viande, tomba « dans le nid et y mit le feu ; or, comme les aiglons ne pouvaient encore voler, « ils brûlèrent avec le nid. Tel est le sort réservé à ceux qui s'approprient les « biens de l'Église, lesquels ont été donnés pour honorer Dieu, ou pour soutenir •< la prédication et le culte divin. Les ravisseurs doivent perdre leur nid et leurs « petits, etsoutlrir dans leur corps et leur âme. » (Tisc/ireJen, p. 292 ; léua , 1G03.)