LA RÉFORME
du pauvre contre le riche, en déclarant la guerre à l'ordre, à la propriété et à la science, comme ennemis de la légalité; aux beaux-arts, comme entachés d'idolâtrie : exemple terrible pour les novateurs qui , bien qu'animés d'intentions généreuses , se précipitent dans les voies de l'avenir sans respect pour le passé. Luther, effrayé de ces funestes conséquences sociales , s'occupa de fortifier le pouvoir des monarques. Dès lors commence l'action politique de la réforme, qui fut d'attribuer aux princes l'autorité en matières ecclésiastiques, de telle sorte que chaque sujet dut croire et adorer comme l'entendait le prince , selon ce principe : Cujus regio ejus religio. D'un autre côté, les frères utérins de la réforme cessèrent bientôt d'être d'accord entre eux.
A la même époque où Luther parut, mais sans le connaître, j^jg le curé suisse Ulric Zwingle, qui avait combattu en Italie comme chapelain, prêcha à Zurich contre frère Bernard Sansone, de Milan, chargé de vendre des indiilgences dans cette ville, puis contre l'habitude qu'avaient ses compatriotes de se mettre à la solde des étrangers; plus tard il proclama que le pain et le vin de la cène n'étaient que de purs symboles du corps et du sang de Jésus-Christ, et prêcha même d'autres dogmes qu'il regardait comme anciens , et qu'accueillit une grande partie de la Suisse.
Le jurisconsulte français Jean Calvin résolut de réformer la réforme et de la soumettre k une organisation régulière. Si Luther avait renversé la monarchie catholique pour favoriser les évêques allemands, Calvin, selon les idées républicaines de Genève, abat cette aristocratie luthérienne. 11 abolit l'épiscopat, et confie le choix du ministre à la communauté religieuse; il nie le mystère, supprime dans le culte tout ce qui frappe les sens, et place la certitude dans la révélation individuelle : il reconnaît le libre arbitre, mais la grâce est nécessaire pour choisir le bien, et la grâce seule, non les œuvres, produit la justification. Le baptême ne conserve rien de sa mystérieuse efficacité, les fils des élus appartenant, par la naissance, à la société rachetée; il ne reste rien de la pénitence, puisque le véritable élu ne peut retomber dans le péché. Les espèces dans la sainte cène ne sont pas transsubstanliées, mais le Seigneur, sous ces symboles, communique véritablement le Christ pour nourrir la vie spirituelle.
Sur ces doctrines, soutenues avec une intolérance impitoyable,