CLEMENT VII
lève pas d'offices pour donner des bénéfices , comme faisait le pape Léon, mais veut que la justice préside à tout. Il ne dépense ni ne donne le bien des autres, et pour cela il est réputé misérable... Cependant il fait beaucoup d'aumônes, et il a donné 300, 500, parfois môme 1,000 ducats pour marier de jeunes filles ; malgré cela, il n'est pas beaucoup aimé. D'une très-grande continence, il vit avec économie... Quand il est à table, il a toujours auprès de lui deux médecins avec lesquels il parle des qualités des choses qui se mangent; puis il s'entretient de philosophie ou de théologie avec d'autres persones qui se trouvent là... 11 ne veut ni bouffons ni médecins... et tout son plaisir est de converser avec des ingénieurs et de parler d'eaux (l). »
Mais, comme pontife et prince, l'histoire ne peut le juger que sévèrement. La domination temporelle des papes n'avait jamais été aussi étendue et aussi solide qu'alors; néanmoins, effrayé des attaques dirigées contre son autorité , il vacilla dans ses actes (2), comme si l'irrésolution était prudence, et l'inconstance habileté. Homme religieux. Clément se laissa envahir par le sentiment de sa propre impuissance; dans la pensée d'épuiser la Fiance par l'empire et l'empire par la France, il se jetait, selon sa jalousie, tantôt dans les bras de l'un , tantôt dans les bras de l'autre; ni aimé ni craint, mû par des intérêts divers, il ne fut ni bon pape ni bon Itahen; il éteignit la liberté de son pays, et attira sur l'Italie des fléaux qui ne l'épargnèrent pas lui-même.
Afin de remplir le trésor vidé par Léon X, il eut recours à de misérables expédients et à de sordides économies sur les pensions, sur les travaux pubbcs, sur la paye des soldats, sjjr les emplois accordés dans les collèges, sur le monopole des grains, au lieu de mettre un frein aux concussions des fonctionnaires et au gaspillage de l'administration; mais, avant tout, il s'occupa d'assurer à ses parents une brillante position, bien qu'il ne restât, de la souche de Cosme, que lui, lïifipolyte et Alexandre, tous bâtards. 11 avait toujours favorisé l'Espagne, et se vantait d'avoir empêché François 1^^ de pousser jusqu'à Na-
(1) Rapport de 1526.
(2) Ln papato composte di rispctti,
Di considei az oui c ili discorsi,
Di più, di pcji, di ma, di si, di forse,
Di pur, d'assai parole, senza effeiii.
Berm.
4o2 BATAILLE DE PAVIE.
pies dans la première expédition; d'avoir amené Léon X à souffrir que Charles eîit la couronne impériale, avec le droit de la réunir à celle de Naples; d'avoir favorisé la ligue de ce pape pour reprendre Milan, et l'élection d'Adrien VI : c Pour ces fins, il avouait qu'il n'avait pas épargné les trésors de ses amis et de la patrie, ni les siens (1). » Effrayé néanmoins de voir les Espagnols assis en Lombardie, il suivit d'abord une politique flottante, puis se déclara pour François l".
Charles-Quint préparait contre ce roi une armée et des navires, l'Angleterre des subsides en argent, et Pescaire , avec le connétable de Bourbon qu'il avait poussé à envahir la France, passa le Var; mais, fatigués, après quarante jours, du siège de Mari52(j saille, ils se retirent presque en fugitifs. François P"^ arrive pour châtier la rodomontade espagnole du déserteur, et traverse le mont Cénis avec quarante mille hommes, jaloux de venger la patrie^ outre une formidable infanterie suisse; sans perdre de temps devant les forteresses, comme Tavait fait l'amiral Bonnivet, et n'étant arrêté en aucun lieu par les impériaux disséminés confusément, il se dirige sur Milan par Verceil. Les troupes de l'empereur avaient apporté la peste dans Milan, ce qui l'avait fait abandonner par Sforza et son chancelier Morone ; Pescaire , voyant qu'il ne pouvait se maintenir dans la ville, dépourvue dhabitants et de vivres, se retira après avoir muni le château, et les Français y entrèrent , mais non sans la piller.
Après avoir perdu l'espérance de vaincre et de saccager, beaucoup d'impériaux désertaient, et les officiers différaient d'opinion sur le plan à suivre; si François I^"^ eût alors serré l'ennemi de près, il achevait son triomphe ; mais l'amiral Bonnivet le détournait dos entreprises hardies , comme ne convenant pas à la dignité d'un roi ; on se borna donc à faire le siège octobre, de Milan et de Pavie, autour desquels il perdit un temps précieux, au milieu des plaisirs d'un hiver tempéré, des magnificences de la Chartreuse et des divertissements du parc de Mirabello. Bien plus, encouragé par l'alliance de Clément Vil, il envoie une portion de son année à la conquête de Naples , dans la persuasion qu'il avait autant de soldats qu'on lui en faisait payer; mais le temps qu'il consume si mal à propos est mis à profit par Anton de Leyva, vaillant Espagnol qui avait assisté à trente-trois
(I) Dans une lettre citée par Ranke.