SAINTE LIGUE CONTRE CHARLES-QUINT
concevoir de légitimes espérances. Malheureusement les Italiens manquaient de chefs; ceux qui, pour opprimer et voler, bravaient la justice ou vendaient leurs services, étaient dépourvus du véritable courage qui naît d'un sentiment généreux, et vivaient séparés de la nation. Les gouvernements avaient oublié leur énergie d'autrefois; l'influence guelfe de Florence n'existait plus; Venise vivait au jour le jour, et le pape vacillait toujours. En effet, sans parler des promesses que Charles lui prodiguait, le spectre de Luther triomphant l'épouvantait; dans le naufrage de rilalie, il espéra donc qu'il sauverait du moins l'Église, au moyen de l'agrandissement de l'empereur, qu'il croyait un catholique fervent, et auquel il suggérait de former une ligue avec les princes bien pensants, afin d'extirper par le fer et le feu la plante vénéneuse. Mais, si l'empereur Maximilien avait protégé Luther en disant : « Un jour il pourra être utile, » Charles-Quint gouverna le pape au moyen de l'épouvantail de l'hérésie croissante et par la menace d'un concile.
La guerre ayant éclaté entre la France et l'empire, les Italiens l'entreprirent avec ardeur; car ils sentaient qu'elle n'était pas faite « pour un point d'honneur, pour une vengeance ou la conservation d'une cité, mais qu'il s'agissait du saiut ou de la perpétuelle servitude de l'Italie ; » ils espéraient « voir le monde se renouveler, et l'Italie remonter des abîmes de la misère à une très-grande félicité.» Ainsi s'exprime le dataire Ghiberti(l), qui disait dans une lettre à don Michel Sylva : « Je vous ai écrit « que, si toute vertu n'était pas éteinte dans le cœur des Fran- « çais, et si le roi tenait sa promesse de se mettre avec nous « pour délivrer l'Italie et ses enfants, et se venger des injures de « César, nous serions encore des hommes et feiions des efforts « afin de nous soustraire à la domination du très-mauvais « Charles. Nous avons si bien poursuivi nos négociations que, le « 22 du mois passé, la ligue a été conclue en France entre nous, (( le roi de France, les Vénitiens et le duc de Milan, en laissant « au roi d'Angleterre la faculté d'y entrer dans le délai de trois « mois, ce qu'il fera, nous en sommes certains. Si les Français « tiennent ferme, et que je sois cru, nous ferons en sorte que « César connaisse combion il perd pour être si ingrat envers (( Dieu et les hommes. Sans force, j'en suis cei'tain, nous ne « pouvons attendre que du mal ; on ne tient aucun compte
(l) Lettres de princes à princes, II, 95, 10 juillet 152G.