‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 312 sur 352 · SAC DE ROME · texte numérisé non relu

SAC DE ROME

Rome par la protection des Médicis, eurent à supporter toutes les souffrances ; ils remplirent leurs mémoires du récit de leurs malheurs , et les racontèrent aux diverses villes de l'Italie où ils cherchèrent un asile. L'architecte Sansovino, Mathurin et Polydore de Caravage, et les autres élèves de Raphaël s'enfuirent; Peruzzi fut contraint de faire le portrait du connétable tué à l^assautde Rome; Marc Dente, graveur de Ravenne, fut tué; Marc FabioGalvi, son compatriote, traducteur d'Hippocrate, homme de mœurs irréprochables, mourut de misère; le penseur Telesio, renommé pour son savoir et sa vertu , s'enfuit tout nu. Christophe Marcel, évéque de Corfou, eut sa maison pillée d'abord par les. gens des Colonna, ensuite par les Allemands qui lui imposèrent une contribution de 6,000 ducats; mais, comme il ne put la payer, ils l'attachèrent à un tronc d'arbre et lui percèrent les ongles, de telle sorte que la souffrance, les intempéries et la privation de nourriture amenèrent sa mort (1).

Dans les salles du Vatican, où l'on voyait le tableau d'Attila arrêté par l'épée des saints apôtres , les Allemands allumèrent des feux qui enfumèrent les merveilleuses peintures de Raphaël. Les célèbres tapisseries faites d'après les cartons de cet artiste furent volées ; car les luthériens se faisaient un bonheur d'insulter aux choses sacrées et de détruire Vidolâtrie des tableaux et des statues. On tirait des couvents les religieuses pour les violer à l'envi dans les orgies qui avaient lieu sur les autels avec les vases sacrés; puis, au milieu de l'ivresse, les soudards, coiffés de chapeaux rouges et revêtus des ornements ecclésiastiques, se livraient à des danses lubriques. Après avoir mis dans un cercueil le cardinal d'Aracœli, ils le promenèrent dans Rome en lui faisant de bouffonnes funérailles; ensuite ils l'envoient^ en croupe d'un Tudesque, mendier sa rançon de porte en porte. Les moins profanes ne respectèrent pas môme les tombeaux, et un anneau fut arraché d'un doigt de Jules II, punition posthume de son : Chassons les barbares! Ils font la litière de leurs chevaux avec les bulles papales; ayant fait venir un prêtre avec le viatique, ils le conduisent dans une étable, et veulent le contraindre à donner la communion à un âne ; sur son reftis, ils le

(1 "> Valérieis Piekio, De Utteratorim infelicilaie, livre I, qui est rempli des disgrâces survenues dans ces circonstances. Les précieux tai)is d'après les cartons de Raphaël furent alors dérobés par Anne de Montmorency, capitaine français, puis restitués à Jules 111 ; Bonaparte les enleva de nouveau, et Pie VU les recouvra.

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