‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 314 sur 352 · TRAITÉ D'AMIENS · texte numérisé non relu

TRAITÉ D'AMIENS

L'empereur était coupable de ce crime ^ comme celui qui dirige un torrent sur la campagne sans prévoir les dégâts qu'il ne pourra empêcher (1). Soit qu'il ne pût rien en effet sur ces bandes effrénées et réclamant leur paye , soit qu'il voulût tromper le monde et sa propre conscience^ il décréta et fit des prières pour la délivrance de Clément VII , prit le deuil, et envoya des ambassadeurs aux potentats pour démontrer son innocence ; mais , en même temps , il était heureux de faire comprendre aux poHtiques qu'il se trouvait en mesure de se venger de quiconque favorisait la France. Aussi, loin de diminuer d'un écu la rançon du pontife, il cherchait à l'attirer en Espagne, et « les hommes les plus sages croyaient qu'il avait la pensée de ramener la papauté à sa simplicité et à sa pauvreté d'autrefois, alors que les pontifes, sans se mêler des choses temporelles, ne s'occupaient que des affaires spirituelles. Ce dessein , qu'avaient fait naître les abus infinis et la conduite détestable des papes précédents, était grandement loué, et beaucoup désiraient qu'il se réalisât; enfin des hommes du peuple disaient que, le bâton pastoral et Pépée n'étant pas bien ensemble , il fallait que le pape revînt à Saint- Jean de Latran pour dire la messe (Varchi). »

La chrétienté accueillit par un deuil public et une indignation générale le traitement infligé à la métropole du monde et au ( hef de l'Église. François l'^'' et Henri VIII, qui avaient plus que jamais l'Autrichien en exécration , se réunirent à Amiens dans 1527 l'intention de remettre en liberté le pape et les fils de France , de garantir à Sforza le duché de Milan et de réprimer la tyrannie de l'empereur. Charles-Quint reprocha à François r""" d'avoir manqué à la parole qu'il lui avait donnée le jour de sa délivrance, et se déclarait prêta le soutenir en champ clos; François lui envoya le démenti selon les règles : de là un défi, les cartels furent échangés (2), et l'on assigna le lieu et le jour du combat. S'ils avaient pu se battre et se tuer l'un l'autre , combien de sang et de larmes épargnés ! mais ils éludèrent le duel pour en charger les nations, et la pauvre Italie, affligée encore de la peste, dut se préparer à de nouvelles batailles.

André Doria, qui avait abandonné le service du pape , dont il

(1) Je persiste dans cette opinion, malgré la justification de Charles-Quint, publiée par le prolesseur De Leva dans la /imsla GiniiasiaU, septembre et octobre 1855.

(2) Varchi {Hist. flori-ntines, livre v) cite les carlels (pii turent échangés entre les deux rois, cartels remplis d'une violence à dégoûter les spadassins de café.

7 août.

Page 1