‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 315 sur 352 · DÉSOLATION DE ROME · texte numérisé non relu

DÉSOLATION DE ROME

n'était pas payé^ s'empare de Gènes au nom de la France ; dans le même temps, Lautrec conduit au delà des Alpes trente mille Français, avec lesquels il aurait pu arracher la Lombardie aux faibles garnisons impériales, s'il n'avait pas lui-même vacillé 1" octobre, daus SCS résolutious. Après s'être emparé par surprise d'Alexandrie, outre Pavie, vainement défendue par le comte Ludovic Belgiojoso, il laissa les siens piller et outrager à latudesque (1), pour venger la honte dont les impériaux avaient couvert la France en faisant son roi prisonnier auprès de cette ville ; puis , épargnant à Corne et à Milan les horreurs d'une pareille délivrance, il prit la route de Rome, afin de secourir le pape.

Dans cette ville on mourait de faim , parce que les gens de la campagne n'osaient approvisionner son marché. Les capitaines de l'empereur, dépourvus d'argent, ne peuvent empêcher les soldats d'égorger et de piller les Romains ; Clément, bien qu'il mette aux enchères cinq chapeaux rouges au prix de 100,000 ducats, et fasse, à de gros intérêts, un emprunt de 200,000 autres (Segni), ne peut réunir la somme convenue, et les Allemands soulevés menacent de le tuer. Des évêques , des archevêques et des notables de Rome, qu'il avait offerts comme otages, furent conduits trois fois enchaînés au Campo des Fiori, et menacés de la potence si l'argent tardait à être compté ; puis, alin d'être payé, on les retint comme uniques répondants, jusqu'à ce qu'ils parvinrent à s'échapper en enivrant leurs gardiens. Clément lui-même réussit à s'enfuir travesti, mais pour tomber dans une étrange captivité morale : il devait de la reconnaissance aux .Français comme à ses protecteurs; Henri Vlil d'Angleterre re- •yfusait de le servir s'il ne prononçait pas le divorce entre lui et

(1) Lorsque le roi lombard Luitprand prit Ravenne, il en emporta une statue équestre de bronze, appelée Rcgtsole , qui représentait l'empereur Marc- Aurèle, et la transféra à Pavie. Le premier soldat de Lautrec qui pénétra dans Cette ville fut un Ravennate du nom de Cosimo Magui ; pour toute récompense» il demanda que cette statue fût rendue à sa patrie; mais, quand on se mit à l'enlever, les Pavesans, plus affligés de cette perte que des malheurs qu'ils avaient éprouvés, tirent eu tendre des plaintes si vives que Lautrec décida le soldat à recevoir à la place de la statue autant d'or qu'il en faudrait pour se faire une couronne murale. Tel est le langage de Paul Jove et d'autres; mais Rossi, historien de Ravenne contemporain, dit que Magni emporta la statue par le Pô , et qu'arrivé à Crémone, le gardien de la citadelle , à l'instigation des Pavesans, l'assaillit et la lui reprit, pour la remettre à Pavie. Dans cette ville, elle resta sur la place, entre la cathédrale et l'évèché, jusqu'en 1796, époque où les Jacobins la renversèrent.

9 décembre.

Page 1