DESOLATION DE ROME
Catherine d'Aragon, tante de Charles-Quint; or cet empereur menace de le déposer s'il fait droit à cette demande, et, tout en protestant que tous ses désirs sont pour la paix, il ne se déclare jamais satisfait des garanties que le pape lui donne de ne point le contrarier. Clément Vil retomba donc dans sa politique oscillante, résultat de ses prévisions subtiles, et, pour vouloir les contenter tous , il déplut à tous.
Au milieu de ces difficultés, la peste et les soldats , et l'on ne saurait dire quel était le pire de ces deux fléaux, continuaient leurs ravages dans Rome. L'empereur avait envoyé à ses troupes des ordres, ou plutôt des recommandations, pour qu'elles respectassent le pontife ; elles savaient que Lautrec s'approchait ; d'autre part , elles ne pouvaient plus espérer d'obtenir d'argent de Clément VII ^1), et la mort faisait tant de victimes dans leurs rangs que des écrivains ont assuré qu'au bout de trois ans il ne survivait pas un seul des agresseurs de Rome. En consé-
(1) Morone écrivait à Cliailes-Quint que l'armée était assez forte pour se pro- I Lirer des vivres, « mais que la difficulté et le danger consistaient dans le défaut lie paye, si bien qu'il ne fallait pas s'étonner si les gens ne voulaient et ne pouvaient plus se battre... Les Allemands, après mille promesses qui n'ont pas été ttnues , se sont mutinés, ont demandé à être payés immédiatement et veulent s'en retoitrner chez eux ; ils n'ont voulu donner que quatre jours pour la réponse, et l'on ne sait pas comment on pourra les satisfaire ou leur assurer la solde; car le pape diffère d'accomplir sa promesse, et rien ne peut le résoudre à l'accomplir, ni les conventions, ni les plaintes des Romains, ni les cris des paysans, lesquels souffrent des maux intolérables et savent que l'armée quitterait Rome si elle était payée ; néanmoins Sa Sainteté ne bouge pas , et l'on ne peut savoir si elle veut payer ou quand... Rien que les autres soldais ne se soient pas mutinés comme les Allemands , Sa Majesté peut voir si désormais il sera possible qu'ils servent, puisqu'ils ne pourront plus vivre à discrétion. »
De Milan, le 4 août 1527, Anton de Leyva écrivait à l'empereur en mauvais liançais : « Cette armée se conduit mal; on dirait plutôt une bande d'aventu- I icrs que l'armée de Votre Majesté , car les soldats font ce qu'ils veulent. Les capitaines ne peuvent pas les faire agir à leur volonté, mais quand il leur plait. Si, aussitôt après la piise de Rome, ils eussent voulu retourner en Lombardie, l'iute l'Italie appartiendrait à Votre Majesté.» (Lanz, Correspondent , tome I, |i. 2:^5). L'empereur lui-même, de Rurgos le 21 novembre, érri\ait à son frère ' I rdinand, également en français : « J'ai appris le désordre qui règne paimi les v.ldatsde mon armée par lesquels Rome a été prise, comme j'ai su que la dis- 1 orde est entre les capitaines, de manière qu'il n'y a plus de chef, cl que chacun piétend l'être. On leur doit une somme si considérable qu'il serait difficile de tiouver l'argent nécessaire pour les paver. Tel est l'obstacle qui a retenu l'armée si longtemps autour de Rome , sans vouloir bouger ni aller secourir l'Etat de Milau... (GkvaY, Urkunden, elc, clc, tome I, p. IH.)