‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 317 sur 352 · DÉSOLATION DE HOME · texte numérisé non relu

DÉSOLATION DE HOME

quence, les bandes s'en retournèrent par Otricoli , Terni , Narni , Spolète, exerçant des cruautés et rançonnant ; aussi les paysans, qui laissaient leurs maisons ouvertes ou vides, sonnèrent plusieurs fois le tocsin et les taillèrent en pièces.

Les anciennes factions se ravivaient, et, pour combler la mesure des calamités publiques, des vengeances s'exerçaient avec fureur entre les Orsini et les Colonna, entre les Guelfes et les Gibelins. « Il n'a pas été possible (écrivait-on au comte Baldassare « Castiglioni) d'empêcher les Colonna de se venger contre l'abbé « de Farfa (Napoléon Orsini). Les Colonna, Jules et Camille, ont « brûlé et détruit plus de châteaux que l'abbé n'a incendié de « maisons; ils ne se sont pas même abstenus de nuire aux autres « Orsini qui n'avaient pris aucune part auK actes de l'abbé ; car « ils ont brûlé le château du cardinal Orsini et l'abbaye de Farfa, « qui est chose d'ecclésiastique, d'où ils sont venus aujourd'hui « chez le supérieur des moines, auxquels il n'est pas resté ni un (( calice, ni un ornement, ni une lampe à tenir allumée en l'hon- « neur de Dieu. Tout cela a déplu grandement à notre seigneur, « qui s'en est plaint à la cour de Naples, et des ordres sont ve- « nus pour leur enjoindre de s'arrêter; mais déjà ils avaient fait (( tout ce qu'il était possible de faire pour la ruine du pays, et les « armes ne sont pas encore déposées.

a Un cahier de papier ne suffirait pas pour raconter toutes les « souffrances de ce pays ; car, de même qu'après une longue « maladie le corps éprouve souvent quelque douleur, cette con- « trée, que les désastres de l'année dernière avaient tant affai- « blie, subit tous les jours une nouvelle affliction. Dans une « lettre, j'ai déjà fait connaître à Votre Seigneurie les ravages M que l'abbé de Farfa avait commis sur les terres des Colonna : (( dernièrement, pour démontrer à tous qu'il agissait contre la « volonté de notre seigneur, il a traité les domaines du pape «comme ceux du seigneur Ascagne , saccagé Tivoh , fait des « prisonniers, et commis toutes les cruautés possibles ; puis, étant « parti de là afin d'aller rejoindre le seigneur Rengo par la « Marche, il a fait autant de mal qu'il a pu. D'un autre côté, Ju- « les et Camille Colonna ont incendié, non-seulement les châ- « teaux de l'abbé et des autres Orsini, mais pillé Anagni et dé- « truit à Tivoli le peu qu'y avait laissé l'abbé.

a Le seigneur Jean-Baptiste Savello a fait la même chose « dans la Sabine, pour une querelle qui s'est élevée entre lui et c< le révérendissime Cesarino ; avec lui se trouvent encore Chris-

LArTHEC. LE «UG DE BRUNSWICK. 477

« tophe Savello, Pierre de Castel de Piero, Octavien Spiriti, et (( beaucoup d'autres de ceux qui , non pour servir l'empereur, « mais afiu de se couvrir de son nom, veulent être regardés « comme impériaux. Ces hommes, à cause delà famine qui est « partout, entraînent à leur suite bon nombre de gens, d'autant (.( plus qu'ils autorisent le vol ; aussi peut-on considérer comme « ruinées les villes où ils entrent, ce qui est arrivé l'autre jour « à Rieti. Accueillis amicalement dans cette ville , parce «qu'elle est très- gibeline , ils ne furent pas plutôt dans « l'intérieur qu'ils se mirent à la piller; mais, pendant qu'ils la « saccageaient, les habitants s'indignèrent, prirent les armes, et « les chassèrent en leur tuant environ trois cents individus. »

La dévastation de Rome avait duré huit mois, lorsque les impériaux qui restaient se décidèrent à sortir de la ville, et Napoléon Orsini, héros tardif, y entra en égorgeant tous les malades qu'ils avaient laissés. A la nouvelle des armements de la France, le prince d'Orange alla se renfermer dans Naples, où le poursuivit Lautrec, qui, toujours dans l'attente de la paix qui se négociait, ou des secours suisses, gascons et vénitiens, avait différé son départ. Après la jonction des bandes noires soudoyées par les Florentms, il comptait environ soixante mille hommes. 1! soumit le royaume avec cette facilité que l'on voit d'ordinaire là où il n'importe nullement aux populations d'avoir tel ou tel maître, et les villes prises, qu'elles eussent résisté ou non, furent livrées au pillage et au meurtre; puis il ceignit Naples par terre, tandis qu'André Doria l'assiégeait par mer. Cet amiral , imitant sur mer ce que les autres faisaient sur terre, avait armé douze galères pour son compte ; il battit la tlotte castillane venue au secours de Naples, tua le vice -roi Moncade qui la commandait, et fit prisonniers le marquis del Vasto avec le prince de Salerne et beaucoup de gentilshommes.

Le bruit se répand alors que Charles-Quint envoie une armée pnr la route de Trente avec le féroce duc de Brimswick : nouvelle terreur pour les survivants. Anton de Le) va, qui ne s'était jamais relâché dans l'oppression de Milan, emmène les troupes hors de la ville pour qu'elles ne meurent pas de la laim ou de la peste. Après avoir rejoint le duc de Rrunswick, qui traversait le Rergamasque et le Brescian en les dévastant, et reprenait Pavie pour l'inonder de sang , il attaque Lodi , la seule ville au pouvoir des Français entre TAdda et le ïessin, et qui se défend avec vigueur; enfin, un typhus appelé mal muzucco envahit

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