SAINT-POL
cette armée, dont il enlève deux mille hommes en huit jours, et les autres retournent en Allemagne dans un état pitoyable. Leyva restait atin de protéger Milan, Les Français, à leur tour, ont recruté des forces , conduits par François de Bourbon, comte i9septenibre. de Saint-Pol, ils reprennent Pavie, sans lui épargner ni le pillage ni .les violences, et s'approchent de Milan.
Les Italiens enseignaient au roi de France comment il devait faire la guerre à l'empereur : « Il faut beaucoup de vigilance et « de soin , car vous avez affaire à un ennemi plein d'astuce et de « malice, qui attend l'occasion avec patience, et semble être per- « suadé que les troupes de Votre Majesté et de ses confédérés « doivent se consumer d'elles-mêmes, comme cela est arrivé pince sieurs fois; il importe de recourir aux précautions nécessaires, « afin de l'éviter dans les entreprises futures... Il sera bon d'a- « mener de France une quantité suffisante de pionniers... car «on en trouverait difficilement en Itahe, où la famine et la « peste, mais surtout les paysans, les ont anéantis (1). »
Mais d'autres s'apercevaient que cette nation ne faisait que de très-faibles efforts : « Au souvenir que les Français ne sont « jamais sortis vainqueurs d'aucune expédition de longue durée, «je crains qu'il n'en soit de même de celle-ci; puis, comme je « sais qu'ils ont toujours confiance dans leurs choses, et comp- « tent sur la faiblesse de l'ennemi, il me semble les voir déjà né- « gliger les mesures de prévoyance aussitôt qu'ils apprendront « que les lansquenets sont retournés chez eux. Ainsi monsei- « gneur de Saint-Pol se trouvera, comme on dit, embarqué sans « biscuit, c'est-à-dire qu'on ne lui donnera point d'argent (2). » En effet, Saint-Pol, dont la marche avait été retardée par le manque d'argent, par sa mésintelligence avec le duo d'Urbin et la nouvelle de la révolte de Gênes et de Doria , ne sut pas non plus empêcher que deux mille conscrits espagnols , débarqués à Gênes sans armes, ni vêtements, ni souliers, ni solde, arrivas-
(1) Lettre 291 de Théodore Trivulce à Guido Rangoiii, de 1529 , dans les Documents d'iiist. ilal. de Moliui.
(2) Le même ; il terminait ainsi : « Mais , ponr l'amour de Dieu , ayez soin , quand vous écrivez quelque chose qui n'est pas à l'avantage des Français, de ne pas le l'aire sans employer de chiffres ; car il ne suflit pas que vous l'écriviez à cause de la douleur (|ue leurs revers vous occasionnent, comme je le fuis maintenant, leur coutume étant de prendre en mauvaise part ce ([u'on leur dit contre leur désir, et de croire qu'on parle de la sorte par malignité, et parce qu'on désire qu'il en soit ainsi, etc. »
BATAILLE DE LANDRIANO. 479
sent à Milan, qui fut soumise par Leyva à de nouvelles confril»aUons, et solidement fortifiée. A Landriano, dans le voisinage (le Milan, Lautrec fut surpris et défait par Tinfatigable Leyva, 21 juin, (jui, souffrant alors de la goutte, s'était fait porter sur un brancard au milieu de la mêlée; le chef fait prisonnier, l'armée française se dispersa.
Lautrec s'était arrêté si longtemps sous les murs de Naples qu'il vint à manquer d'argent, que le roi, d'ailleurs, lui mesurait ^^29 toujours avec une grande parcimonie ; puis survint l'épidémie, occasionnée par la malaria, la mauvaise administration et l'insalubrité des logements, qui, dans l'espace d'un mois, réduisit les assiégeants de vingt-cinq mille hommes à quatre mille, sans épargner les chefs ni Lautrec lui-même. INIichel-Antoine, mar- 10 août. quis de Saluées, qui le remplaça dans le commandement , leva le siège pour se retirer à Aversa ; mais , contraint de se rendre, il en mourut de honte. Les débris de cette brillante armée 30 août. conquérante de l'Italie périrent d'épuisement, entassés dans les écuries; l'infection de l'air produite par les imaladies étendit grandement la mortalité et redoubla les imprécations contre les étrangers. Les bandes noires, qui avaient montré que la valeur italienne n'était pas éteinte , se dispersèrent alors. L'illustre Pierre Navarre, acteur important de toutes ces guerres, tomba prisonnier en combattant , et Charles-Quint ordonna qu'il fût décapité; mais le gouverneur de la forteresse, touché de compassion pour le sort de ce vieillard valeureux, alla lui-même terminer ses jours.
Le prince d'Orange, nommé vice-roi de Naples, comblait, durant la paix, les maux occasionnés par la guerre ; il accusait un grand nombre de feudataires d'avoir favorisé les Français , afin de les envoyer au gibet et de confisquer leurs biens. Les naturels furent contraints de payer six mois de solde dus à l'armée qui avait saccagé Rome. Tels étaient les principes violents de ce gouvernement absurde et tyrannique, qui, pendant deux siècles, rendit misérable la plus belle partie de l'Italie.
Des calamités si grandes et si honteuses répandaient une terreur lugubre, un besoin de recourir à Dieu alors qu'il n'y avait plus de pitié chez les homines. Savonarola avait laissé après lui des discij)les dans les piagnoni, qui déploraient la corruption , les maux présents et futurs. Lorsque Ludovic le More négociait pour appeler les Français , un moine aveugle prêchant sur la place du Château de Milan, lui disait ; « Seigneur, ne leur mon-