‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 319 sur 352 · MIRACLES ET PROPHÉTIES · texte numérisé non relu

MIRACLES ET PROPHÉTIES

tre pas le chemin, ou tu t'en repentiras. » Une foule de miracles sont mentionnés à cette époque. A Pérouse, vers la fin du quinzième siècle, la bienheureuse Colombe de Rieti, qui avait des révélations et des extases, excita une grande dévotion : l'ombre de sainl Romual chassait à coups de pierres Alviano de l'abbaye des Camaldules de Césène ; trois capitaines, qui étaient entrés dans un monastère, s'entendirent appeler par leur nom, et furent sommés de respecter les vierges sacrées; les Espagnols, dans le sac de Prato, enlevèrent la couronne d'argent de la Vierge de la Cintola, et celle-ci, couverte de sueur, tourna le visage vers l'enfant Jésus qui lui mit la main sur la tête (1); Lautrec était sur le point d'abandonner au pillage la bourgade de Treviglio , quand une Vierge pleura, et la vue de ce miracle refréna les profanateurs ; la Vierge de San Calocero à Milan versa également des larmes alors que Lautrec opprimait cette ville; auprès de la Rotonde à Rome, les lansquenets percèrent une Vierge, et du sang sortit de sa blessure.

« Si les moines, dans la chaire, prédisaient non-seulement la ruine de l'Italie, mais encore la fin du monde, on voyait des ermites en faire autant sur les places publiques; il ne manquait même pas de ces gens qui, persuadés qu'on ne pouvait souffrir de plus grandes calamités, disaient que le pape était l'antechrist (Vabchi). » Un individu de la famille des Brozzi, du nom de Martin, prédisait des malheurs, invitant à faire pénitence : « Cet hiver, disait -il, le fioid a fait périr les orangers, les vignes, les oliviers, les figuiers et les lauriers, tandis qu'il a respecté le lin dont il est l'ennemi mortel. Savez-vous pourquoi? parce que, dans ce temps, les choses vont à rebours, et que Dieu, dédaignant votre sagesse, veut gouverner à votre place. Dieu flagellera Florence, Rome et l'Italie, parce qu'on a tué frère Jérôme et ses autres prophètes, en échange desquels il m'a envoyé, moi, prophète insensé. » Un Siennois qu'on appelait Brandano, vêtu d'un sac, parcourait Rome avant le pillage, en prêchant qu'on était menacé d'un grand tléau, qu'il fallait faire pénitence, apaiser Dieu, qui ne devait épargner ni le pape ni les cardinaux; on le mit en prison, mais la terreur de ces prédictions ne fui pas éteinte. A Crémone même, on voyait prêcher un entant de onze ans, qui attirait un grand concours de personnes (2).

En 1523, un religieux de i?ainl-Marc prêchait dans la calhé-

(1) Arclài'fs historiques, liv. VI, p. 2iO. ['2) (lAMi'i, à raiiuée 1517.

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drale de Milan, encourageant le peuple contre les Français. Sans égard pour les offices, il continuait ses sermons, et faisait des prophéties qui, bien qu'elles ne se vérifiassent pas , ne lui enlevaient rien de son crédit. En 1559, on fit dans cette ville une procession afin d'apaiser le Seigneur; lorsque le tabernacle « fut « arrivé sous la grande porte de la cathédrale, tout le monde <( se mit à crier miséricorde, et le même cri se fit entendre dès « qu'il se trouva au milieu de l'église, puis auprès de l'autel ; de « telle sorte que le clergé, qui voulait réciter les litanies, ne put « faire cesser les clameurs , et il n'y eut ni homme ni femme qui « ne versât des larmes. » Cette procession avait été faite d'après le conseil d'un religieux nommé Thomas, qui prêchait dans la cathédrale, et «disait vouloir continuer ses consolations tant que « Dieu n'aurait pas arrêté le mal. Il commandait toujours quel- « que dévotion, et la plupart le considéraient comme prophète..-. « Le 5 septembre, il tit un sermon désespéré et rempli de mena- « ces, non pas tant pour Milan que pour toute la chrétienté; (' mais, comme la rénovation de l'Église devait partir de Milan, « il fallait que cette ville fût d'abord affligée et puis régénérée « (BuBioczzo). »

Le même fait se reproduisait partout ailleurs, si bien que les hommes, ne voyant plus que des démons dans leurs semblables et les gouvernants, sentaient la nécessité de se réfugier dans la dévotion et môme dans la superstition. Bien plus, on enviait la domination turque, à tel point que Louis Vives adressait de Bruges aux Italiens un discours (1) dans lequel, tout en les plaignant , comme les plus malheureux des hommes, il leur démontrait combien leur condition serait pire s'ils tombaient sous la domination de Soliman.

La défection d'André Doria fut un grand malheur pour la France. Sorti d'une famille qui avait autrefois dominé à OnegUa, il fut, tout jeune encore, homme d'armes du pape, puis de Guidubaldo d'Urbin; il servit le roi de Naples contre Charles VIII, et, quand il vit les choses tomber dans cet état déplorable, il prit h bourdon de pèlerin et se rendit en Palestine. Arraché à sa pieuse dévotion par un nouveau bruit d'armes , il s'enrôla sous les bannières du duc d'Urbin, dont il défendit Siuigaglia contre le duc de Valentinois; puis, à Gènes, il montra une telle habileté sur rner qu'il obtint le commandement de quatre galères avec

(1) DevUasub Turca, 1529.

IlISr. DES ITAL. — T. VII.

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