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INDUSTRIE ET COMMERCE

Tant de richesses, cette culture bourgeoise, les progrès de la civilisation nationale, le lecteur a dû s'apercevoir qu'ils dérivaient en grande partie du commerce, dont il est temps de reeueillir et de développer les faits, indiqués séparément jusqu'ici; en effet, après la religion, rien n'accroît et ne répand la civilisation plus que le commerce.

Divers témoignages nous ont fourni la preuve qu'il n'avait pas disparu même au milieu de la plus profonde barlDarie; plus tard il s'améliora avec l'agriculture, qui marche d'un pas égal avec l'industrie partout où l'une et l'autre sont possibles. Tous les faits qui développent ou compriment les arts et l'industrie d'une

iusciliam lingtiœ stiiporemqtie cordis ac cnervalam adulterux mentem, conjiingere poluit. Lu premièi'e injure, et la )ilii.s ordinaire, qu'ils employaient entre tux, était de s'appiler bâtards et lils de pr.'-lres.

classe agissent sur l'autre de la même manière; la terre devient sauvage dans les pays où languit le commerce, et le commerce se ressent de l'abandon de ragriculture. Nous avons dit que l'agriculture s'était relevée, lentement sans doute , mais toujours grandissant, dès qu'une population nouvelle s'établit sur les immenses propriétés des anciens Romains, propriétés morcelées alors et rendues à l'industrie particulière par le domaine du fisc. Cette population se composait de barbares et de moines qui , se mêlant à la foule des esclaves et des colons, réhabilitèrent cette première source des richesses. Bientôt les croisades produisirent le même résultat que les grandes expositions de nos jours, puisqu'elles virent, dans les bazars de l'Orient, les châles de Kaschemir, les diamants de Golconde, les perles d'Ormus, les soieries de la Perse, les mousselines de l'Inde, les armes de Damas ; les croisés enlevèrent , achetèrent de ces objets, ou du moins conçurent le désir d'en avoir et de les imiter.

Mais le défaut de sécurité, joint à Timpossibilité des échanges réguliers et de la libre disposition des fruits de sa propre industrie, rendait le commerce misérable, comme il arrive aujourd'hui en Turquie. Le droit de travailler était considéré comme une prérogative souveraine, que les princes pouvaient vendre et que les sujets devaient acheter. Le peuple ne pouvait s'associer pour un but déterminé, ni faire de sa propriété une application nouvelle qu'il jugeait plus avantageuse; certaines personnes, au contraire, obtenaient jd'exercer comme privilège ce qui était interdit au plus grand nombre. L'Italie vit disparaître ces entraves bien longtemps avant les autres pays; mais, outre que les capitaux restaient dans les mains des nobles et du clergé, le fractionnement du territoire offrait des obstacles sérieux. En effet, à tout passage de rivière, à chaque gorge de montagnes, veillaient les gens d'armes d'un châtelain pour exiger un péage, équivalant à une transaction qui empêchait d'être dévalisé. Par exemple : quiconque partait de Turin était soumis à un péage là même d'abord, puis à Rivoli, à Avigliana, à Bussolino, à Suse, c'est-à-dire cinq fois dans l'espace de trente milles. Les Lombards et les Vénitiens se rendaient par le Simplon à Sion, à Lausanne, à Genève, à Lyon, ou bien par Clées dans la Franche-Comté. Les Génois , par Asti et Poirino, arrivaient à Testona, et, de là, après avoir traversé le Pô sur le pont des Templiers à Sant'Egidio, ils gagnaient par Rivoli Suze et le Mont-Cenis ; ce trajet nuisait aux Turinois, qui insistaient éner-

giquement pour que Testona, au lieu de permettre aux marchands de traverser son pont, les dirigeât sur leur ville.

Les droits de transit étaient réglés par l'avidité du seigneur, non d'après l'utilité du pays, et les taxes se multipliaient sous des noms infinis (1). Les marchandises, en traversant certaines villes, devaient être déballées, et les habitants avaient la préférence pour l'achat; ailleurs les indigènes jouissaient du privilège de vendre, se substituant ainsi au spéculateur étranger. Le péril des âmes amenait les papes à interdire le commerce avec les musulmans, et les Vénitiens obtinrent à grand'peine une dispense spéciale, comme l'eurent ensuite les Français, mais toujours avec défense de leur apporter des armes et des munitions de guerre (2). Par crainte des brigands sur terre, des pirates sur mer, les marchands, au lieu de voya,^e^ isolés, devaient se réunir en caravanes ou former des flottilles; quelques-uns, pour adoucir les châtelains, menaient avec eux des charlatans, des musiciens, des animaux rares. Toutes ces entraves obligeaient le négoce à revêtir les dehors de la fraude, et ses dangers comme ses vicissitudes le faisaient souvent abandonner à cjux qui n'avaient pas d'autre moyen de s'enrichir, comme les Juifs.

Le commerce de l'antiquité et du moyen âge se faisait tout autrement que de nos jours. Alors qu'il n'existait pas de poste pour les lettres, pouvait-on entretenir des correspondances régulières? Peu d'individus savaient lire, le papier était un luxe, les chiffres s^introduisaient à peine, et les monnaies comme les mesures otïraient une variété inextricable; combien alors il de-

(1) Voir Du Gange aux mots Avaria, Jnchoragium, Carratura, Exclusaùcum, Foraticum, Gabella, Teranhim, Hansa, Haulla, Mcnsuraticum , Modiaticiim, Nautlcatum, Passagium , Pedagium, Platealiciim, Palifictiira, Ponderagttim, Poiitalicum, Portaticum, Porttdaticum, Piiiceraticum, Jîipalicum, Rotatieitm, Toloneum, Transititra, Viaticum. — MuRATORI, Ântiq. M. M., tome n, col. 4, p. 866. — WerdenhaGEN, De Rebits publicis Ha/isealicis , part. III, c. 20. — Marqcard, De Jure mercalorum, lib. Il, c. 6. — Fischer, Gescldcltte des deiiisclien Handcls, tome I, page 26G et suiv. — Pegolotxi ap. Pagnini, Délia décima, tome III, page 301.

(2) En 1233, les frères mineurs d'Espagne avaient excommunié les marchands génois parce qu'ils apportaient des marchandises aux infidèles. Grégoire IX leur en lait reproche, ctitn non sic prœcipitanda excoriimiiiiicntionis sententia, sed prœnmhula discretione ferenda; il veut qu'où ne considère comme e.xcomnuniiés que ceux (pii portent aux Sarrasins, pour servir contre les chrétiens, du fer, du bois de construction et autres munitions de guerre; ce n'est qu'en temps de guerre, dit-il, qu'on doit leur rclufei' loute chose, {l.ibcr f/iriiim, i, 930.)

vait être difficile de correspondre et de régler les comptes ! Aujourd'hui la forme la plus habituelle est la commission, c'est-àdire que le fabricant confie ses marchandises à des négociants qui les vendent pour son compte : division favorable d'emplois. A cette époque, au contraire, le manufacturier ou ses commis montaient sur des navires ou voyageaient en caravanes pour vendre et charger, et ramenaient les objets non vendus et ceux qu'ils avaient achetés.

Les anciennes voies romaines avaient été dégradées pour empêcher les courses des barbares , par les barbares eux-mêmes durant les guerres, ou par le temps; puis les propriétaires des petits domaines introduits par la féodalité n'eurent aucun intérêt à faciliter les communications. Les torrents se donnaient libre carrière, les ponts s'écroulaient, et les transports devenaient très-difficiles; on ne voyageait qu'à cheval même beaucoup plus tard. Catherine, fille d'Amédée V de Savoie, allant épouser Léopold d'Autriche en 1315, chevaucha jusqu'à Bâle,où l'on donna son palefroi aux ménestrels qui chantaient ses louanges. Marie de Brabant accompagna jusqu'à Gênes, en litière, son mari Amédée, quand il escortait à Rome, en 1310, l'empereur Henri VIL Jean Villani cite comme un fait extraordinaire qu'une dépêche du conclave de Pérouse, portée par des courriers de marchands, arrivât en onze jours à Paris (1). On faisait donc grand cas des courriers rapides , comme Jaquet, messager du comte de Savoie, qui fit en quatre jours, aller et retour, le voyage de Genève à Pavie en 1399. Amédée VI de Savoie, en 1380, donnait 2 florins d'or à Guillaume, moine de Cluny, qui faisait en un jour cinquante-cinq lieues et davantage (2).

D'autres charges fort lourdes s'étaient introduites, comme

(1) Hist. florentine, livre III, cli. 80.

(2) ClBUAlilO, Économie poUtlcjtic dit moyen dge, page 82. — Jusqu'à l'éjioquc de Jean d'Uzzano, c'csl-à-dire jusqu'en 1440, un courrier de commerce employait :

de Gènes à Avignon 7 ou 8 journées.

à Paris 18 ou 22 »

de Florence à Milan 10 ou 12 «

» à Rome 5 ou G »

» à Naples 11 ou 12 »

» h Paris 20 ou 23 »

» à Gènes h ou fi »

« à Londres 25 ou 30 »

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