ANDRÉ DORIA DÉLIVRE GÊNES
la France , a car ( dit Brantôme) si l'on n'est pas maître de Gênes et de la mer, on ne peut dominer sur l'Italie. »
Au milieu de la disparition de tant d'États anciens, c'est une consolation de voir les Génois désirer encore la liberté, et, malgré les ravages des armées, de la famine et de la peste, échapper à ce découragement qui ne cherche plus de remèdes, pour songer à saisir l'occasion de rétablir leur propre indépendance. Ils s'empressent de démolir le Castelletto, et comblent avec des pierres le port de Savone, destiné à rivaliser avec celui de leur ville. Doria porta le dernier coup à l'Italie en la livrant à Charles- Quint, puis en se faisant Fami et le soutien de Philippe II; néanmoins il conserve dans la postérité une véritable gloire pour avoir rendu la liberté à sa patrie, et refusé d'en accepter la souveraineté, que lui offrait Charles-Quint, ennemi des républiques. Les Génois le portaient aux nues, et pourtant il était accusé de trahison par un grand nombre; le poëte Louis Alamanni, qui s'entretenait avec Doria sur cette matière, lui dit en souriant : (f Certainement, André, votre entreprise est généreuse, niai.^ elle « serait encore plus généreuse et plus éclatante s'il n'y avait pas « autour je ne sais quelle ombre qui l'empêche de resplendir « entièrement. » A ces paroles, André soupira et se tut quoique temps, puis lui répondit avec un visage gracieux : « C'est grande « fortune pour un hoiiuTie d'accomplir une belle action avec des « moyens non entièrement beaux . Beaucoup d'autres avec toi, (( je le sais, peuvent me reprocher, alors que j'avais toujours servi « la France et que François P' me comblait de faveurs, de l'ace voir abandonnée dans ses plus grands besoins pour me joindre c( à son ennemi. Mais si le monde savait combien est grand l'ace mour que j'ai pour ma patrie, il m'excuserait si, ne pouvant « la sauver et la faire grande autrement, j'ai employé un moyen « qui pouvait me rendre coupable d'une certaine manière. Je ne « veux pas te dire que le roi François me retenait le prix de mes (( services, et refusait, malgré sa promesse, de rendre Savone à « Gênes, parce que tous ces faits ne peuvent autoriser quelqu'un « à renoncer à son ancienne fidélité; mais il faut bien tenir « compte de la certitude où j'étais que le roi ne voudrait jamais « affranchir Gênes de sa domination, ni cesser de lui donner un « gouverneur, ni abandonner la forteresse. Or, puisque j'ai obc( tenu heureusement ces choses en renonçant à sa foi, je peux « encore faire voir, au moins à tout homtne qui jugera sainement, c( que ma conduite n'est obscurcie par aucune ombre (Segni ;. »
21 octobre.