IMPIETÉ ET DÉPRAVATION
État, tandis que les Médicis étaient soutenus par les débauchés et les ambitieux. Dans les premiers jours du pontificat deLéonX, « douze moines qui s'étaient imposé une existence très-rigoureuse parcouraient l'Italie en prêchant et prédisant des événements prochains. François de Montepulciano , de ce nombre , parut à Sainte-Croix de Florence , où il flétrit sévèrement les vices, en affirmant que Dieu voulait châtier l'Italie, mais surtout Florence et Rome; ses sermons inspiraient une telle épouvante que les auditeurs faisaient entendre le cri de miséricorde, accompagné de larmes abondantes. Tout le peuple était effrayé, parce que ceux qui ne pouvaient l'entendre, à cause de la grande affluence, recueillaient avec non moins d'effroi ses paroles de la bouche des autres. Excités par ces discours, non-seulement des moines prédirent que l'Église était menacée de fléaux et d'une rénovation, mais chaque jour voyait surgir des religieuses, des dévotes , de jeunes filles et des paysans qui faisaient la même chose. . . Toutes ces choses jetèrent un si grand trouble dans l'esprit, et répandirent tant de frayeur partout, que Julien et Laurent de Médicis, pour égayer le peuple, donnèrent des fêtes magnifiques, des chasses, des joutes, avec la présence de six cardinaux venus travestis de Rome (1). »
En revanche , médire du clergé , donner raison aux luthériens, se railler des immunités ecclésiastiques, se plonger dans la débauche, affecter même la superstition, parce qu'elle était condamnée par l'Église, paraissaient des signes d'esprit. Lorsque Paul Castelli fut nommé capitaine général, on attendit, pour lui donner le bâton, que les astrologues, placés en observation dans la cour du palais avec leurs instruments à la main, indiquassent le point favorable des étoiles (2). Cambi se plaint «que le mépris de toute chose paraissait bon genre ; de sorte que l'ami des religieux restait tranquille, espérant dans la justice de Dieu et sa miséricorde. La nuit de Noël, les jeunes Florentins, devenus licencieux, conduisirent un cheval à Sainte-Marie, le firent courir dans l'église, puis le tuèrent au pied de l'escalier; ensuite ils ' allèrent aux Servi, où ils jetèrent de Vassa fœlida sur le l'eu , et ce fut l'encens qu'ils offrirent à la Vierge. A Sainte-Marie Nouvelle, ils tourmentèrent les moines avec les armes, et l'un d'eux mêla des cartes sur un escabeau de l'autel; à Saint-Esprit, ils
(1) Jacques Pitti, Hist.Jlorenline, p. in. Voir les Arc/ihrs liislonques.
(2) Nardi, liv. III.
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brisèrent le bénitier... » Il poursuit en racontant qu on ne voyait partout que des sodoinites et des prostituées , lesquelles ne voulaient plus se tenir dans les lieux, isolés, et jouissaient d'une si grande influence que, pour n'avoir rien à craindre des Huit de la balia, il suffisait de se recommander à ces femmes. Les jeunes gens parcouraient les rues avec des armes pour faire des bra- '' vades, et, si quelqu'un se plaignait à la balia, la nuit il était frappé.: Les délits n'étaient donc ni punis ni dénoncés. « Et cependant 1 (dit-il en terminant) il faut croire que le Seigneur enverra l'épéej et de justes châtiments; car, puisque nous repoussons sa miséricorde, sa justice nous frappera de la damnation. »
Parmi les nombreux méfaits que nous pourrions emprunter aux chroniqueurs , nous en citerons un de cette famille Buondelmonti , dont nous avons signalé le rôle scandaleux dans les discordes civiles , et chez laquelle ne manquèrent jamais ni les querelles ni les meurtres atroces. De cinq frères qui restaient, deux en égorgèrent un autre pour un cheval , puis se réfugièrent à Pergolata, sur leurs possessions, et se mirent à voler avec d'autres bandits. La seigneurie parvint à s'emparer de l'un d'eux, qui eut la tête tranchée ; le second alla trouver un autre de ses frères, qui était prêtre, et le maltraita pour en obtenir de l'argent. Le prêtre, l'ayant fait coucher à côté de lui, le tua dans la chambre même où le premier avait été assassiné. Cité à comparaître devant l'évêque, le meurtrier, pour se disculper, invoqua le ban publié contre la victime ; mais, accusé d'autres fautes charnelles, il se coupa la gorge avec du verre, et, c< avec Faide du diable, ce nouveau Gain sortit de cette vie (1). »
Ubertino RisaHti, d'une famille qui avait donné des gonfaloniers dès 1 326, recommandable lui-même par son instruction, ses mœurs, ses alliances, étant provéditeur de l'art de la laine, abusa de ses fonctions pour voler plusieurs centaines de florins et falsifier les comptes ; découvert , il eut une main coupée, et fut enfermé dans la prison pour dettes {stinche) jusqu'à complète restitution (2). Un jeune homme de la famille des Gor-\ sini demanda au pape l'autorisation, malgré la défense, d'ap* \ porter en Egypte des aciers et des armures, afin de racheter, avec le gain de la vente, son frère, devenu esclave des Turcs; il partit, et, s'étant entendu avec un Pisan, il feignit d'avoir ga-
(1) Cambi, à l'année 1523.
(2) AmmirATO, à l'année 1516.