FERRUCCIO
François de Nicolas Ferruccio se signala dans les premières rencontres avec le prince d'Orange. Homme austère, il aurait vécu obscurément à la campagne ou dans un magasin pour se soustraire à la dépendance, si l'occasion ne l'avait pas fait patriote ardent et modèle du héros populaire. A la tète de quelques bandes, il sut maintenir l'abondance, et, ce qui était plus difficile , la discipline. Néanmoins , dans la persuasion que les partis moyens nuisent et ne sauvent pas, il ne s'abstenait pas de cruautés. A Pise, il déploya toute la sévérité d'un conquérant; il menaçait, si on ne lui donnait pas des armes et des vivres, de pendre les riches et d'infliger à tous le supplice du comte Ugolin; puis, afin de prévenir tout soulèvement, il expulsa de la ville tous les citoyens en état de porter les armes. A Volterra , «après la victoire, il fît pendre quatorze Espagnols tombés prisonniers...; puis il s'empara des biens des citoyens et de l'argenterie des églises, défendit, sous peine de mort, qu'aucun citoyen sortît de la ville, et logea les soldats dans leurs maisons avec des procédés insolents et durs... Il usa d'une grande rigueur pour se procurer de l'argent, et fit pendre, à cause de cela, deux citoyens à la fenêtre du palais où il habitait (Segni).» Le capitaine Fabrice Maramaldo de Calabre lui envoya un trompette; il ordonna de le pendre aux murailles, du haut desquelles les soldats faisaient entendre, par raillerie, un miaulement qui ressemblait au nom de ce capitaine. Il défendit cette ville contre dix mille assaillants.
«L'audace est nécessaire dans les cas extrêmes (disait-il) : à a l'exemple du connétable de Bourbon , assaillons Rome ; envénitienne : « La ville entière est dans les meilleures dispositions, et devient à chaque instant plus intrépide et plus désireuse de montrer sa valeur. On ne saurait dire, en vérité, que les biens de ces seigneurs soient des otages de leurs ennemis ; car les belles et riches constructions , brûlées soit par les assiégeants, soit par les propriétaires eux-mêmes, sont si nombreuses, qu'on ne saurait dire si l'inhumanité de l'ennemi est plus grande que la généreuse constance des Florentins. Bien que celte immense ruine afilige , on est bien plus content de voir la noblesse des âmes et le courage avec lequel chacun supporte toute espèce de dommages, et affronte tous les périls pour conserver la liberté. » (Rapports, etc., série 2% vol. i, p. 234.) — «Bien que ce soit pour la première fois que l'artillerie ait été dirigée contre les murailles de cette ville, il n'y a personne qui n'ait montré une âme forte et constante , et de l'empressement h la défendre ; enfin Florence, grâce à l'activité de chacun et à mille huit cents balles de laine qu'on a mises dans les fortifications, est désormais en tel état que l'ennemi doit plutôt la craindre qu'il ne peut espérer de la vaincre. » Ubid., p. 238.)