‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 328 sur 352 · FERRUCCIO · texte numérisé non relu

FERRUCCIO

« traînons devant cette ville des gens par l'espérance du pil- « lage; corrompons les Turcs et faisons le pape prisonnier.» D'autres parlaient de recourir aux Turcs, ou du moins faisaient espérer en leur secours (1). Il est certain que Florence, si elle eût confié la dictature à Ferruccio ou à Carducci^ ou bien à tout autre citoyen, aurait mieux réussi qu'en s'exposant aux prétentions des condottieri, qui dédaignaient d'obéir à d'autres qu'à des princes; mais, hélas! le patriotisme égal à la religion, les nobles vertus guelfes réveillées dans la jeunesse , la valeur inattendue de ces marchands , ne devaient aboutir qu'à rendre honorable la chute amenée par les armes, les trahisons et la fortune conjurées.

Les Florentins n'avaient pas encore cessé d'espérer dans les Français, qui les berçaient à leur tour de vaines promesses. François I" leur faisait dire que la paix n'était qu'un stratagème pour recouvrer ses fils, qu'ils tinssent ferme d'ailleurs, et qu'ils les aiderait au plus tôt. Néanmoins , il défendit aux marchands florentins d'envoyer de l'argent à leur patrie en danger ; il donna Fordre à Malatesta Baglione et à Etienne Colonna d'abandonner le service de ces rebelles, mais avec un avis secret de ne pas obéir. Il rappela de Florence son envoyé public, mais il eut soin d'y maintenir un agent secret chargé d'édifier les citoyens sur ses intentions, et de leur promettre qu'il les secourrait ouvertement aussitôt qu'il aurait payé sa rançon. Telle était la politique du roi chevaleresque, 1530 Venise même, dans laquelle Florence avait espéré comme

république et comme se défiant de l'empereur, avait fait un traité avec lui. Mais de vagues rumeurs annonçaient, tantôt que le pape allait mourir, tantôt que les Turcs menaçaient Vienne, tantôt que toute la campagne se soulevait en armes, tantôt que l'ennemi songeait à lever le siège en désordre, et ces nouvelles

(1) Ce fait nouveau nous est fourni par les rapports de l'ambassadeur Cornaro, qui écrivait à la seigneurie de Venise : « Je ne dois pas négliger de vous dire que ces seigneurs me demandent sans cesse des renseignements sur les affaires du Grand Turc, en m'annonçant qu'ils comptent beaucoup sur lui. Hier, ils ont reçu des lettres de Raguse , par lesquelles on les prévient que cette puissance préparait une grande armée de mer et de terre, et qu'elle avait déjà envoyé à la Vallona cent galères et cent palandres. Cette nouvelle a causé une grande joie dans toute la ville , de manière qu'on peut être presque certain que ces seigneurs avaient fait connaître au sultan leur situation ; du reste, il m'a été parlé en bon lieu de cette démarche. » {^Rapports, etc., série 2', vol. I, p. 279.)

BATAILLE DE (iAVINANA. 509

encourageaient les Florentins : vains bruits qui s'évanouissaient pour ne laisser que la triste réalité. L'empereur, dès qu'il n'eut plus à craindre les Vénitiens, envoya de nouvelles troupes avec Lodrone, Belgiojoso et Leyva. Les Espagnols, traitant les Florentins comme des boutiquiers, n'acceptaient pas leurs défis et refusaient de mettre leurs prisonniers à rançon. Des bandes de Romagnols parcouraient les routes pour intercepter l'envoi des vivres, qui devenaient chaque jour plus rares. « Les chats avaient acquis une grande valeur; les rats entraient dans la nourriture, et l'on mangeait les ânes dans les festins sans goûter au vin. Les citoyens se trouvaient dans une telle disposition d'esprit qu'en causant familièrement avec leurs amis, ils rougissaient presque d'avouer qu'ils avaient mangé quelque mets délicat, dans la crainte de paraître efféminés et trop mous (1).»

Afin de renouveler les provisions, il fallait dégager la route qui se dirigeait vers Prato et Pistoie ; on envoya donc Ferruccio pour tomber sur les assiégeants, tandis que les assiégés feraient une sortie avec tous les gens de guerre et la milice citoyenne; mais il fut convenu que ceux qui restaient pour la garde de la ville devaient, s'ils voyaient les combattants mis en déroute, tuer les femmes et les enfants, mettre le feu aux maisons, et sortir ensuite pour tenter le sort des armes comme les autres. Le prince d'Orange, informé de cette tentative audacieuse, dut abandonner son camp pour aller au-devant de Ferruccio sur la montagne de Pistoie ; la rencontre eut lieu à Gavinana. Les Florentins, bien .y ^oùi, que les cancellieri de Pistoie les eussent égarés pour les faire tomber sur San-Marcello, forteresse des Panciatichi, leurs ennemis et palleschi (2), combattirent héroïquement , et tuèrent le

(1) Nardi. Au livre IX, il nous donne quelques prix ; vin , le baril, 8. 9 et 10 ducats; vinaigre, 5 ou G ducats; bouteille d'huile, 1 ducat et plus; viande de veau, 5 carlins la livre; celle de bœuf, 2; celle de mouton, i; celle de cheval ou d'àne, 1 ; la livre de fromage, h carlins ; une paire de chapons, fi et 8 ducats; de poulets, 3; de pigeons, 1 ; deux oufs, 18 sous.

(2) En expiation, deux processions, le jour de rAscensiou, partent de San- Marcello et de Gavinana, en se dirigeant vers la fontaine des Gorghi ; lorsqu'elles se rencontrent, les chants redoublent, et l'on rapproche les crucifix, ce qu'on appelle le baiser des Christs.

Quelques années plus tard, Fabrice Maranialdo, dans une fête à la cour d'IIr- Ijin, invita à danser la iilie de Sylvestre Aldoi)randiuo, et celle-ci lui répondit : « Ni moi, ni toute autre femme italienne qui n'ait pas dépouillé tout sentiment de pudeur, ne ferons jamais une courtoisie à l'assassin de Ferruccio. »

SIO BATAILLE DE GAVINANA.

prince d'Orange lui-même; mais Alexandre Vitelli, qui survint^ rétablit le combat, et les républicains furent défaits. Ferruccio, fait prisonnier, fut grossièrement insulté par Maramaldo, qui lui plongea son épée dans le corps : Tu égorges un homme déjà mort, lui dit le héros, et cent coups l'achevèrent.

Cette déroute plongea dans le découragement Florence, qui se sentait dans un péril extrême. Huit mille citoyens et douze mille soldats étrangers avaient déjà péri. La famine la soumettait aux plus rudes épreuves , et la peste la décimait ; les fauteurs des Médicis conspiraient dans la ville, et , selon leur habitude, les criards, qui ne savent pas faire autre chose, dénonçaient des traîtres et demandaient des supplices contre un individu qui cherchait à vendre Pise, contre un moine qui voulait enclouer les canons , contre un Soderini qui fournissait des renseignements à l'ennemi. Les hommes suspects étaient punis du gibet; bien plus, on menaça du même supplice quiconque parlerait favorablement des Médicis ou de Laurent le Magnifique, et même du Père de la patrie.

Au milieu de ce délire d'accusations fratricides, on ne surveillait pas le capitaine général Baglione, très-habile guerrier, mais qui avait trahi Florence une autre fois. La scélératesse de ce capitaine suffit peut-être pour dissiper le bon vouloir de tous. 11 refusa d'assaillir le camp ennemi tandis que l'armée était allée à la rencontre de Ferruccio , et l'on trouva même dans le sein du prince d'Orange des lettres qui révélaient sa trahison; mais,

8 août, lorsque les Florentins lui enlevèrent le commandement , il assaillit à coups de poignard celui qui lui signifia la décision des magistrats , et tourna les canons contre les portes de Florence. Si cette ville se fût conduite à son égard comme Venise envers Carmagnole, elle aurait fourni un nouveau thème contre l'ingratitude des républiques. Elle ne l'osa point, et Baglione traita avec le pape; en fisant les conditions de ce pacte, le doge de Venise s'écria : // a vendu le sang de ces pauvres citoyens once à once, et il s'est fait le renom du plus grand traître du monde.

La ville, qui, dans les trois ans de sa liberté, avait dépensé un million et demi de florins d'or, et souffert, pendant les onze mois de siège, la .famine, la peste, les privations, les misères de toute sorte, fut contrainte de capituler avec Ferrand Gonzague ,

12 août, successeur du prince d'Orange : d'après les stipulations, vie sauve et liberté des personnes, oubli des offenses et restilulion

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