‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 329 sur 352 · CAPITULATION DE FLORENCE · texte numérisé non relu

CAPITULATION DE FLORENCE

du territoire; mais Florence dut payer 80,000 ducats d'or à l'armée impériale, et remettre à l'empereur le soin de régler la forme de son gouvernement, « sous la condition néanmoins que la liberté serait conservée. » On élut immédiatement une balia de douze palleschi, parmi lesquels Pierre Vettori, Baccio Valori, François Guicciardini et Robert Acciajuoli; après avoir brisé la cloche qui avait pour la dernière fois appelé le peuple à sanctionner de son vote universel ce que ses vainqueurs avaient ordonné, on commença par des procès et des tortures à abuser de la victoire.

François Carducci, ancien gonfalonier, Bernard de Castiglione et quatre autres ardents patriotes eurent la tête tranchée dans la cour du bargel ; on confisqua les biens de plusieurs, et beaucoup furent exilés. Frère Benoît de Fojano fut envoyé à Rome, où il mourut de faim et de soif au milieu des ordures et de toutes les privations. « Il ne lui servit de rien d'avoir humblement fait comprendre au pape qu'il avait résolu (s'il plaisait à Sa Sainteté de lui laisser la vie ) de composer une œuvre dans laquelle, au moyen des passages de la sainte Écriture, il réfuterait victorieusement toutes les hérésies luthériennes (Varchi).»

Les Allemands, les Espagnols et les Italiens de l'armée enne- 1531 mie en vinrent souvent aux mains entre eux; enfin, moyennant le payement de la solde, on put obtenir leur départ, sauf une faible garnison pour Florence. Charles-Quint notifia ensuite à cette ville qu'il lui restituait ses anciens privilèges , mais en lui donnant pour duc Alexandre de Médicis; la balia proclama le 5 juillet. nouveau maître « au milieu des vivat du peuple et du bruit des canons, lesquels, sans boulets, frappèrent le cœur de quiconque déplorait la perte de l'antique liberté, » dit Muratori avec une simplicité beaucoup plus expressive que les déclamations suscitées naguère par ce fait, qui sera toujours dans le roman bien inférieur à son exposé historique.

Ainsi, par la lâche vengeance de Clément VII, la ville la plus guelfe de l'Italie subissait désormais la suprématie impériale. Le vulgaire superstitieux , c'est-à-dire les individus qui croient que Dieu manifeste sa colère même ici-bas, vit sa main dans l'inondation du Tibre, la plus terrible que Rome se rappelât; 9 avril. elle causa la ruine d'un grand nombre d'édifices, fit périr beaucoup de personnes, et laissa une infection qui engendra une épi- •;démie meurtrière. Clément souffrit même de la faim, et faillit perdre la vie dans cette calamité; mais rien ne put lui faire

312 CONSEILS TïlVANNlUUES ALX MÉUICIS.

amender sa misérable politique. Toujom's versatile;, et ne pouvant pardonner à Charles que, dans son arbitrage , il eût prononcé en faveur d'Alphonse de Ferrare, il se retournait vers la France, et cherchait une occasion de se venger.

Les Médicis se trouvaient établis à Florence, alors que leur famille ne laissait aucun digne rejeton, mais des haines accumulées pour les maux qu'elle avait causés. Charles- Quint, à la vérité, n'avait pas détruit le gouvernement républicain ; il restituait aux Médicis les droits dont ils avaient joui en 1527, et Alexandre devait avoir 20,000 florins, mais non tous les revenus. Néanmoins, comme les palleschi ne s'accommodaient point d'un gouvernement temporaire , il suffit que les Médicis leur laissassent toute latitude d'agir pour qu'on vît disparaître les derniers restes de liberté. Jérôme Benivieni, l'ancien disciple de Savonarola, écrivit à Clément Vil avec cette hardiesse qui se concilie tant de fois avec la dévotion, «en l'exhortant à donner une forme louable de gouvernement, comme elle convient à un citoyen; il défendait la mémoire de frère Jérôme, en affirmant qu'une partie de ses prédictions s'était vérifiée, et que l'autre se réaliserait (Varchi). »

Mais Philippe Strozzi, qui, dévoré d'ambition, cherchait à la satisfaire partons les moyens, devenu pallesco malgré sa femme, excitait Clément à extirper les restes du gouvernement populaire. Acciajuoli conseillait d'appauvrir les ennemis et la ville, comme aussi de supposer des conjurations pour irriter l'empereur. Vettori lui disait : « N'ayez confiance que dans les soldats «mercenaires, qui ne valent pas cependant le bargel;» Guicciardini : « C'est en vain que vous emploierez la douceur et les « bienfaits pour rendre ce gouvernement populaire; il n'est ni « utile ni raisonnable d'avoir pitié de ceux qui ont fait tant de «mal, et feraient pire encore s'ils le pouvaient; il sera plus « avantageux de compromettre avec le peuple les riches et les « habiles, afin qu'ils reconnaissent n'avoir de salut qu'en s'ap- « puyant sur les Médicis. Au lieu d'épuiser la ville, il faut en- « tretenir son activité afin d'en tirer profit; ne pas oublier le but «qu'on se propose, mais y arriver lentement; prodiguer aux « amis les biens et les honneurs, de manière que ceux qui en « auront leur part deviennent odieux à tout le monde; répandre « des feudataires dans le territoire, et non concentrer tout dans « le prince; faire disparaître les conseils et les autres vieilleries, « en nommant une commission de deux cents membres, tous

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