‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 333 sur 352 · ALEXANDRE EST ASSASSINÉ · texte numérisé non relu

ALEXANDRE EST ASSASSINÉ

renversé des statues d'anciens tyrans, faute pour laquelle Clément VII , qui l'aimait d'un amour criminel, faillit à l'envoyer au gibet. Il eut un moment la pensée de tuer ce pape; mais il ne l'osa point, ou l'occasion lui manqua. Puis il lui sembla beau de purger la terre d'un monstre comme Alexandre, chose d'autant plus facile qu'il l'accompagnait souvent dans des aventures galantes. Une fois il résolut de le précipiter du haut d'un mur de monastère qu'ils escaladaient ensemble; mais il s'arrêta , parce qu'on aurait pu croire que sa mort était le résultat d'un accident, et non d'un dessein prémédité. Il ne cessa de couver ce projet de meurtre. Entin, un jour, sous le prétexte de lui amener la belle Catherine Soderini, salante, longtemps convoitée par Alexandre, il l'attira dans sa propre chambre ; là, aidé f,j:liui'rr. d'un certain Michel de Tavolaccino, surnommé Scoronconcolo, qui , sauvé par lui de la potence, s'était engagé à le servir en toute occasion, il l'assaillit, et, malgré sa résistance, le perça de part en part.

Le conrage d'un misérable suffit pour égorger; porter un coup sans songer au résultat, c'est de l'héroïsme de bas étage qui trouvera toujours des partisans, parce qu'il est insensé, et des flatteurs, parce qu'il est vulgaire. Tel fut Lorenzino, qui n'avait confié son dessein à personne, et ne s'était point concerté avec les conjurés. Après avoir tué le duc, il ferme à clef la porte delà chambre, oii il laisse le cadavre, et, sans essayer de soulever le peuple, il s'enfuit autant par ineptie que par remords. Pour étouffer le cri de sa conscience, il publia à Venise une apologie de rhéteur pour démontrer qu'il avait agi en héros : mais, si quelques écrivains applaudirent au nouvel Harmodius, si les bannis « lui prodiguaient des louanges outrées, le comparant non-seulement à Brutus, mais l'élevant au-dessus de lui (Vakchi), » le monde fut loin de l'honorer pour un acte accompli par une immense soif de gloire; il erra donc en fugitif dans la France et la Turquie, jusqu'à ce que des sicaires gagnèrent à Venise la somme promise à quiconque le tuerait (1).

Florence, comme il arrive à la suite de tout accident imprévu, ^'^st

(1) Segni, qui est pourtant favorable à Cosme, raconte, dans le livre XH, qu'il avait beaucoup connu Beba de Volterra, un des assassins de Lorenzino, H lequel, se vantant de ce fait, le racontait comme une action glorieuse... Ces hommes, n'ayant pas voulu accepter de Cosme le montant de la mise à prix, reçurent chacun une pension annuelle tie 300 écus , avec le titre de capitaine ; ils purent ensuite vivre tranquillement à Volterra et jouir du prix du sang. »

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