COSME DE MÉDICIS
fut heureuse d'être débarrassée d'Alexandre , mais incertaine sur la conduite qu'elle avait à tenir. Palla Rucellaï, avec les républicains, exhortait les citoyens , puisque le tyran était tombé inopinément, à saisir l'occasion de rétablir le bon ^^a? d'autrefois. Les piognoni levèrent la tête , en disant : C'est le doigt de Dieu. Les artisans, lorsqu'ils voyaient les nobles se hâter de recueillir les fruits d'une action dont ils ne pouvaient revendiquer ni le mérite ni le danger, s'écriaient : 5/ vous ne pouvez ou ne savez pas faire, appelez-nous, et nous autres, nous ferons. Mais personne ne se montra capable de saisir une victoire assurée au parti qui aurait agi avec le plus de promptitude. Les proscrits , après tant de bavardages, après s'être promis d'exciter les autres, se trouvèrent pris à l'improviste, et s'empressèrent de ramasser des forces et même de recourir à l'aide du pape; mais le cardinal Cibo, principal ministre du duc, put maintenir l'ordre à Florence et empêcher tout changement d'État. L'assemblée se réunit, et Guicciardini employa son éloquence à démontrer combien les oligarques auraient à souffrir de la réaction populaire. Les gardes d'Alexandre Vitelli, prêts à saccager ou bien à pousser Aes vivat , produisirent encore plus d'effet; les hommes prudents résolurent donc d'éviter les risques d'une révolution, les vengeances des opprimés, la cupidité de la plèbe, en donnant un successeur à Alexandre.
Il restait de lui Jules, enfant illégitime, mais trop jeune pour remplacer son père ; ceux qui portaient Cosme desMédicis bourgeois, fils de Jean des Bandes noires, firent donc prévaloir leur candidat. Agé seulement de dix-sept ans, avec le modeste revenu de 7 ou 800 écus, engagé même dans des procès embrouillés, mal vu du duc Alexandre, auquel il ne semblait pas un jeune homme d'avenir, il ne fréquentait pas la cour, mais vivait toujours à la campagne, où, sous la tutelle de sa mère, veuve pauvre et sans consolation, il s'amusait à faire la chasse aux oiseaux et à pêcher (i). Pur des infamies des Médicis, il était héritier d'un nom traditionnellement cher aux Florentins, et surtout aux anciens compagnons d'armes de son père. Dans des circons-
(1) Bapport de Fedeli, amljassadeiir véiiltleii. II raconte qu'au moment où le conseil agitait la question du choix, un soldat qui était de garde tira sur tm pigeon perché sur la tour du palais j le peuple applaudit à ce coup avec tant de bruit que les quarautc-huit memjjres de l'assemijiée crurent la ville soulevée, et se hntèient d'opter pour Cosme.