‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 336 sur 352 · LES BANNIS · texte numérisé non relu

LES BANNIS

riage que, simple particulier, il avait stipulé avec Guicciardini , lequel, réveillé de sou mauvais rêve, s'écriait : « Égorgez donc des princes, et aussitôt on en suscitera d'autres ! » 11 se retira à Arcetri, où le dépit de l'ambition troftipée et de l'orgueil humilié abreuva d'amertume ses dernières années. Matthieu Strozzi, Robert AcciajuoU et d'autres, qui avaient intrigué pour Gosme, gémissaient alors au milieu de l'ingratitude du prince et de l'exécration populaire. Palla Ruccellaï , le seul qui s'était opposé à la proposition de Guicciardini , se réfugia en France et trempa dans une conjuration. Gosme, pour tromper la postérité, le fit représenter par Vasari dans l'attitude d'un vassal qui lui prêtait hommage.

Les haines invétérées ne manquaient donc pas; les Florentins qui avaient défendu la liberté, et ceux qui se plaignaient de n'avoir aucune part dans la tyrannie , étaient d'accord pour maudire Cosme. Les bannis, en très-grand nombre, arrivés trop tard, s'étaient groupés autour de Philippe Strozzi, qui avait accueilli à Venise le fugitif Lorenzino , et marié ses fils à deux de ses sœurs, l'aUiance du Brutus florentin valant une dot; mais, sous prétexte de liberté, il aspirait lui-même à s'emparer du pouvoir (1). Comptant sur les intelligences qu'ils s'étaient ménagées à l'intérieur, et, selon la coutume, sur les Français, prodigues de promesses envers les exilés, ils résolurent donc d'attaquer l'État; dans leur opinion, les partisans des Français, alors concentrés à la Mirandola , devaient certainement venir en aide à Strozzi, qui, après avoir soudoyé un gros de mercenaires, et renforcé par les étudiants de l'université, auxiliaires plus' bruyants et plus inutiles, assaillit Pistoie.

Les luttes terribles des Cancellieri gibelins avec les guelfes Panciatichi n'avaient jamais cessé dans cette ville; la campagne y prenait part, et le riche pays était épuisé. Les querelles continuèrent môme sous la domination de Florence, qui avait enlevé toutes les armes, publié des bans rigoureux, et soumis la ville à treize commissaires, lesquels infligèrent des peines très-sévères ;

(1) Ce fait ressort avec évidence des documents ajoutés par Jean-Baptiste Niccolini à sa tragédie sur Philippe Strozzi , et surtout de la lettre de François Vettori, du 15 janvier 1537. Voir aussi la lettre, du G juillet 153G, que François !"■ écrivîiit et faisait remetli-e par exprès à Philippe Strozzi. Le roi, dans cette lettre , lui parle de son affection pour lui , sa famille et ses alliés , en s'offrant à le favoriser de tout son pouvoir, lui et ses amis, sans oublier la liberté de Florence.

UiTAILLE DE MONTEMURLO. 5:25

011 estima que, dans les trois dernières années, quatre cents maisons furent brûlées à Pistoie, mille six cents dans toute l'étendue du territoire, et la cité seule condamnée à payer 22,000 ducats d'or. Les Panciatichi, les Cancellieri, les Ricciardi, les Gualfreducci, les Vergiolesi et leurs partisans furent bannis, puis rappelés, et les discordes recommencèrent (1). Les bannis, avec l'appui des Cancellieri, s'établirent dans Pistoie; Strozzi, qui hésitait entre un arrangement avec les Médicis et des hostilités ouvertes, nuisait à la cause des proscrits, qui fut encore compromise par la précipitation de Baccio de Valori; ce condottiere, autrefois capitaine de Clément YII contre Florence, maintenant chef des bannis contre les Médicis, à force de montrer le succès facile, les poussa contre leur attente dans une voie inexplorée.

Alexandre Vitelli , pour tenir Cosme à la merci de TempirC; avait occupé la citadelle de Florence en enlevant les trésors d'Alexandre qui s'y trouvaient déposés; il surprend les bannis a Montemurlo, par la trahison, fut-il dit, d'un certain Bracciolini, les met en pleine déroute et fait prisonniers Strozzi, Baccio Valori, son fils, Alexandre Bondinelli, Antoine-François des Albizzi et d'autres républicains des principales familles. Selon les usages de la guerre, ils appartenaient aux caphaines auxquels ils s'étaient rendus ; mais Cosme traita de leur rançon avec les vainqueurs, en renchérissant sur les offres faites par les parents des prisonniers. Il les fît conduire dans sa maison pour les voir à ses pieds lui demander grâce; puis il les envoya au bargel, avec ordre de les torturer successivement, et chaque matin il faisait trancher la tête à quatre d'entre eux. Un prince , jeune, vain- (iueur, et qui ne sait pas pardonner, est un spectacle plus dégoûtant qu'horrible ; le quatrième jour, le peuple manifesta son indignation avec tant d'énergie que les survivants furent confinés dans des forteresses, où ils périrent bientôt : de ce nombre fut le fils de Machiavel.

Philippe Strozzi s'était rendu à Vitelli , autrefois son ami particulier, qui le tint dans une forteresse afin d'obtenir de ses fils, en le traitant avec certains égards, de l'argent et des présents. Il était chaudement recommandé par des généraux , des femmes, Doria, Bernard Tasse, Victoire Colonna et Catherine de France.

(1) Cambi écrit : « Le lU mai 1524 , les habitants de Pistoie on vinrenl aux prises, comme c'est leur habitude; les Pancialiclii chassereiU les Cancellieri de la ville, et dix citoyens périrent, etc. »

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