COSME SE CONSOLIDE
Dans l'entrevue de Nice, l'empereur donna sa parole au pape qu'il lui sauverait la vie ; néanmoins , sur les instances incessantes de Cosme, qui en avait payé la rançon àVitelli (1), il consentit qu'on lui fit subir la torture de la corde , pour savoir si Lorenzino lui avait communiqué son projet de tuer Alexandre,
Tandis que Cosme divulguait les procédures qui révélaient de basses ambitions masquées de patriotisme, les exilés voulurent faire de Philippe le Caton de leur cause; ils répandirent le bruit que, las de deux ans et demi de prison, sans être sur d'ailleurs de pouvoir résister à la torture , il s'était coupé la gorge et avait écrit de son sang : Exoriare aliquis nostris ex ossibns ultor. Les agents de l'empereur, pour lui épargner la honte de le livrer, lui avaient peut-être donné la mort (2) ; mais le plus grand nombre crut au suicide, comme plus conforme à la nature de
(1) Philippe avait offert 50,000 écus à Vilelli, qui en voulait GO, 000 comptants. A la suite de Philippe Sfrozzi de Niccolini, on a imprimé les négociations pour le rachat de Philippe. La question se résume dans les paroles qu'il chaige le cardinal de transmettre à l'empereur et aux Médicis : « Ma mort désespère sept fils auxquels je laisse de grands biens; elle offense toute la famille des Strozzi, qui est la plus nombreuse de cette ville, et tous mes parents, qui sont de (p.ialité; elle tiouble et bouleverse une ville qui a besoin d'être réorganisée; enfin tirer encore du sang à ce malade, qui a besoin d'être restauré par un bon régime, serait une eiTCur extrême, de la passion, et non de la raison. »
Ces offres magnifiques déplaisaient à Pierre Strozzi, qui avait pris la fuite, et devint ensuite maréchal. 11 écrivait à ses frères : « Nous nous trouverons « sans père, pauvres et perdus de réputation. Notre père ne se soucie ni de la « fortune ni de ses enfants , et il fait les offres les plus exorbitantes et les plus « honteuses qu'on ait jamais vues; il écrit qu'il aime mieux vivre pauvre que « mourir riche : voilà certes un langage bien digue d'un homme qui a sept en- « fanls !... il dit tant d'autres vilenies que vous mourriez de douleur en les en- « tendant. » (21 février.) Philippe se justifiait, et, selon sa coutume, il disait n'avoir fait cette offre que parce que Cosme n'aurait jamais voulu donner une si gi'osse rançon, motif pour lequel Vitelli ne l'eût pas livré; du reste, « je n'ai jamais songé à payer cette rançon , sachant que je ne le pouvais qu'en vendant tout ce que je possède au monde, et que je resterai mendiant, avili et non libre; ce que je ne ferai jamais, aimant mieux mourir. » (8 mars.) Dans son testament, Philippe disait de Pierre : » Pendant ma captivité , Pierre s'est conduit avec tant d'impiété, qu'on pcvit dire, en vérité, que je meurs par sa faute. »
(2) Quelques-uns , et leur opinion paraît la mieux fondée , crurent que Philippe avait été tué par ordre du châtelain ou du marquis Del Vasto , qui lui avaient promis de ne pas le livrer au duc ; ayant appris que l'intention de l'empereur était de complaire au duc Cosme, ils l'avaient fait égorger, en répandant le bruit qu'il s'était donné lui-même la mort. (Segni, liv'. IX.)