‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 4 sur 352 · LES CITES · texte numérisé non relu

LES CITES

Carraiio opéra la même réforme ; en 1455, l'évêque Philippe Roero en fit autant pour celui de Sainte-Marthe ; Crémone suivit cet exemple en 1450, et Messine, quelque temps après, adoptait pour hôpital unique celui de Sainte-Marie de la Pitié.

Chaque ville conservait dansson enceinte une existence, une politique propres: il y avait des marchands doués du sens pratique de la vie, des légistes subtils jusqu'à la malice, des nobles encore spadassins, mais couverts de la toge; un bas clergé qui travaillait avec la soif du gain, mais avec une droiture ingénue et l'amour de la justice; des corporations laïques, attentives à conserver leurs privilèges , et tous s'efforçaient de se maintenir en équilibre entre la brutalité des tyrans et celle de la populace. Souvent encore, même après l'accroissement des armées, on les appelait à se défendre contre les soldats. Une bande s'approchaitelle, les paysans et les bergers conduisaient à la ville les bœufs, le menu bétail, les buffles, leurs familles , les grains , les instruments aratoires. Les portes étaient fermées, les ponts enlevés, les herses baissées, les chaînes tendues ; les uns couraient de maison en maison pour chercher du bois, des matelas, des futailles, afin de barricader les rues et d'amortir les coups ; d'autres se réunissaient en conseil avec le commandant de la place pour délibérer sur les moyens de défense, tandis que, dans le palais de la commune, on prenait des mesures pour veiller sur le commandant lui-même et l'empêcher de trahir, s'il était mercenaire.

Ce mélange d'héroïsme et de peur, d'exaltation et de lâcheté, de menaces superbes et d'attente inquiète, de prières, d'expositions dans l'église et d'exercices militaires qui accompagnaient l'approche du péril, faisait naître une foule de manifestations diverses et de discours différents, auxquels s'ajoutaient le son de la cloche, le bruit du canon , les subites et fausses alarmes qui finissaient ensuite par des éclats de rire. Sur ces entrefaites, arrivaient des blessés, des malades, des peureux dépouillés de tout, et leurs lécits, avidement écoutés, répétés, agrandis, augmentaient l'anxiété. Quelques audacieux juraient de les venger, des victimes croyaient et compatissaient à leurs souffrances ; d'autres étaient envoyés pour traiter avec les agresseurs, se racheter du pillage, et, quand leur mission réussissait, on sortait en foule de la ville pour embrasser ceux qui étaient naguère ennemis, buvant, chantant avec eux. Ainsi se conservaient cette activité fébrile et cette anxiété journalière qui constituaient l'éducation de l'homme et produisaient tour à tour l'exaltation et la prostration, l'élan irré-

LUXE NAISSANT. à

fléchi ou la dévotion excessive, mais toujours la conscience d'être quelque chose, de pouvoir quelque chose : condition bien différente de la vulgarité dans laquelle tombe (nous le voyons) une société gouvernée par des sceptiques, ou par un despotisme qui donne les apparences de l'ordre à l'anarchie morale.

Quittons ce milieu pour nous transporter dans ces villes d'autrefois, afin d'examiner en détail leurs coutumes et leur caractère.

Dans leurs descentes en Italie, les Français, selon les chroniqueurs, auraient appris à ses habitants à substituer aux coutumes de leurs aïeux des modes sans cesse variées, à s'efforcer de paraître beaux plutôt que bons, à rechercher moins l'illustration des œuvres et de l'intelligence que la vaine et folle gloriole dos vêtements riches, tailladés, à la forme changeante, et ce luxe qui préfère l'agréable au nécessaire. Les chevaux et autres montures firent place aux carrosses, même pour les hommes. La magnificence se déploya dans la nourriture, les habits, les fêtes nuptiales, les présents; des artisans même, dit le conseil de Pavie, étalaient sur leurs tables des mets plus variés et plus délicats que les nobles d'autrefois; les femmes du peuple ne le cédaient pas non plus à celles qui étaient riches et nobles. L'auteur de la vie de Cola Rienzi, dans son langage de Rome, dit: «Les gens, à cette époque, commencèrent à changer beaucoup les usages, à l'égard soit des habillements, soit de la personne. Les pointes des capuces se firent longues; on porta des habits étroits à la catalane, des colliers, des escarcelles aux ceintures et de petits chapeaux sur le capuce. La barbe était longue et touffue, comme si l'on voulait ressembler aux genêts espagnols. Avant ce temps, on ne voyait pas de pareilles choses. Les personnes se rasaient la barbe et se couvraient de vêtements larges et honnêtes; si quelqu'un avait porté la barbe, on l'aurait pris pour un fou, à moins qu'il ne fijt Espagnol ou moine. Maintenant tout est changé, conditions, idées, amusements; on porte des chaperons en signe de grande autorité, la barbe touffue comme les ermites, l'escarcelle comme les pèlerins. Étrange accoutrement ! Chose plus étrange encore, quiconque voudrait se passer du petit chapeau, de la barbe épaisse, de l'escarcelle à la ceinture, serait tenu à peu, ou à très-peu, ou à rien. La barbe est grande reine, et celui qui la porte jouit d'une haute considération. »

Jean Musso, en 1388, représentait les habitants de Plaisance

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