LUXE NAISSANT
comme très-somptueux en tout, notamment dans la manière de se vêtir. «Les femmes portent des robes longues et larges, de velours de soie doré, de lamé d'or, de laine écarlate ou violette, avec des manches larges qui couvrent la moitié de la main, et d'autres, pointues comme un bouclier, qui tombent jusqu'à terre. Par-dessus, elles étalent quelquefois de trois à cinq onces de perles, qui coûtent 10 florins Tonce; elles ornent leur cou, à la manière des colliers de chiens, de rubans el de cercles d'or; on leur voit de belles ceintures d'argent doré et de perles, dont chacune vaut 25 florins, plus une grande variété d'anneaux et de pierres fines du prix de 30 à 50 florins. Quelques-unes portent des cypriennes, robes très-larges dans le bas, indécemment étroites à partir du milieu jusqu'au haut, et toutes garnies de boutons dorés ou de perles depuis la gorge jusqu'aux pieds.
« La parure de la tête est très^riche. Quelques femmes portent de beaux colliers de corail ou d'ambre, et des mantelels doublés de vair et de taffetas qui couvrent à peine les mains; les matrones et les vieilles font usage d'un manteau large, rond el froncé, fendu par devant, et dont une petite bande, près de la gorge, est ornée de boutons d'argent doré; plusieurs ont trois manteaux, mi bleu, un violet, un de camelot moiré. Les veuves ont le même costume, mais tout noir et sans or ni perles. Les manteaux des jeunes gens, larges et longs jusqu'à terre, avec de belles fourrures d'animaux domestiques et sauvages, sont la plupart de drap, ou bien de soie et de velours; par-dessous, ils ont des vêtements courts et serrés, et partout des galons de soie ou d'or, quelquefois même des ceintures. Les honmies d'un âge mûr portent des capuces doubles en drap, qu'ils couvrent de bonnets d'étolfe rouge. Les jeunes gens ne font usage du capuce que l'hiver, avec un becquet qui tombe à terre; ils portent des souliers blancs, avec une pointe longue parfois de trois pouces et rembourrée; leur barbe est rasée à partir du milieu de loreille jusqu'au bas, et leurs cheveux sont coupés en rond. Les plus aisés enU'eliennent jusqu'à cinq chevaux, avec des domestiques payés environ 12 florins par an, outre la nourriture. »
Jean Villani ne voulut pas « négliger de faire mention d'un changenuîut immodéré dans les habillements, introduit par les Français qui vinrent à Florence en 1342. Le costume était jadis le plus beau, le plus noble et le plus honnête que pût avoir aucune autre nation, comme il en était des Romains, drapés dans la toge; maintenant les jeunes gens portent une cotte ou gon-
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nelle étroite et courte, que l'on ne saurait passer sans aide, avec une ceinture comme une sangle de cheval, tenue par l'ardillon d'une large boucle, et une énorme escarcelle à rallemande, qui bat sur le ventre. Ajoutez à cela un capuchon posé à la manière des jongleurs, avec la partie flottante descendant jusqu'à la ceinture et même plus bas; c'est tout à la fois un capuce et un manteau, avec plusieurs ornements et broderies à jour. Le becquet du capuce s'allonge jusqu'à terre, pour envelopper la tète quand il fait froid, et l'on porte la barbe longue afin de se montrer plus terrible sous les armes. Les chevaliers ont adopté un surcot ou gnarnache étroite, avec ceinture, comme il est dit ci-dessus, des fourrures de vair et d'hermine, et les pointes de leurs manches descendent jusqu'à terre. Cet habillement étrange, qui n'est ni beau ni honnête, a été pris récemment par les jeunes gens de Florence, et les jeunes femmes étalent des manches démesurées. »
Galvano Fiamma regrette aussi, en 1340, que les jeunes gens de Milan aient abandonné les traces de leurs pères, et se soient transformés en figures étrangères: «Ils se sont mis à porter des habits étroits à l'espagnole, les cheveux coupés en rond à la française, la barbe longue à la manière barbare ; à chevaucher avec d'énormes éperons à l'allemande, à parler divers langages à la tartare. Les femmes aussi se montrent décolletées, avec des robes de soie, et d'or parfois. Leurs cheveux sont frisés à la manière étrangère; elles ont des ceintures d'or comme des amazones, cheminent avec des souliers en pointe recourbée, et s'adonnent au jeu de dés. Enfin les chevaux de guerre, les brillantes armures, et, ce qui est pire, les cœurs virils, la liberté des âmes, les occupations de toute jeunesse, les sueurs des pères, sont dissipés en parures de femmes. »
Nous trouvons, dans daulres écrivains, des satires dirigées contre les femmes, qui se grandissaient en relevant leurs cheveux sur le sommetdelatête, se coiffaient de hauts bonnets, et portaient les cheveux flottants, avec diverses espèces d'animaux suspendus sur la poitrine. Les alchimistes employaient leur art à dissimuler leurs défauts, et leur fournissaient des recettes pour changer leur teint. Parfois elles tenaient la collerette ouverte et montraient effrontément leur gorge, pour la relever ensuite jusqu'aux yeux. Tantôt leur ceinture était si serrée que le bas de la taille se gonflait comme si elles eussent été enceintes; tantôt elles tenaient leurs jupes {(juurnuches) tendues à l'aide de petits