‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 40 sur 352 · APPROVISIONNEMENTS · texte numérisé non relu

APPROVISIONNEMENTS

lait prévenir. L'obligation d'amener les récoltes dans la ville était une précaution contre les seigneurs châtelains^ qui auraient pu l'affamer; mais le propriétaire devait sacrifier souvent ses intérêts à la frayeur de ceux qui n'avaient rien. L'autorité fixait le prix des comestibles et des autres objets de première nécessité, établissait des magasins, déterminait les heures et les modes d'en trafiquer. Il en était de même des viandes azotées: personne ne pouvait acheter au delà d'une certaine quantité de poisson, afin que les autres n'en fussent pas privés ; si quelque pièce de gros gibier paraissait sur le marché, il fallait la dépecer pour que les gens les moins aisés pussent s'en procurer. La crainte d'une disette accroissait les rigueurs; on allait jusqu'à punir de mort l'exportation du blé, et quiconque en possédait devait le faire savoir et le vendre au prix décrété. En Toscane, tout le blé était acheté par la commune, qui l'emmagasinait et le livrait sur des bons.

L'inimitié entre les nouvelles communes était une cause de nouvelles entraves, et Lodi défendait, sous peine de mort, de porter du blé à Milan et d'en tirer du vin ; d'autres venaient des seigneurs, qui voulaient prélever un droit sur les marchandises transportées d'une ville à l'autre de leurs domaines. Puis, comme quelques princes, entre autres le roi de Sicile, recevaient une grande partie des impôts en denrées, ils en faisaient le monopole et restaient les principaux négociants de leur pays. Frédéric II exigeait un compte exact des céréales, du fourrage et du vin qui entraient dans ses magasins; après avoir approvisionné ses palais et ses forteresses, il vendait le reste, surtout aux marchands romains, ou bien, quand l'occasion lui semblait favorable, il expédiait en Espagne , en Barbarie, avec des chargements, ses propres navires ou des bâtiments deVenise et de Gênes. En 1239, il chargeait le grand amiral de conduire à Tunis, où la récolte avait sans doute manqué, cinquante mille salmes de froment, dont une partie provenait des intendants royaux, et l'autre d'achats faits à bas prix; aussi prohibait-on toute exportation; eu Afrique, la salme fut vendue 24 tari, ce qui donna quarante mille onces d'or ou 2,500,000 francs (1 ).

Ce transport des blés et des autres denrées produisait un

(1) J'évalue le tari à 2^,20, la salme à 2'', 76. Voir le Registmm Friderici dam les archives de Naples,p. 309-356; CiBRAKiO, Économie ; BlANCHiNl, Hisf. des finances du royaume de Naples.

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grand mouvement mercantile. Les Vénitiens, particulièrement,

tiraient de la Barbarie, de la Sicile et de rÉg;ypte des grains pour approvisionner même d'autres pays ; la Barbarie et la mer Noire leur fournissait le sel, dont ils étaient jaloux de conserver le monopole. Les Padouans essayèrent plusieurs fois d'établir des salines sur leur territoire; mais les Vénitiens s'y opposèrent toujours ; au-dessous de la statue du doge Gradenigo, on lit, entre autres louanges : Afaciendo sale Paduanos Marte coegi. Parmi les épices, le poivre était aussi indispensable que le sucre depuis deux siècles. Des villes en avaient des magasins ; dans quelques-unes, le droit d'entrée dont on le frappait tenait lieu de tout autre. Les seigneurs de Bâle, en 1299, n'autorisaient la vente du pain que moyennant la rétribution annuelle d'une livre de poivre. La cannelle, le girofle, le curcuma ou safran d'Inde, plante tinctoriale qui prospérait même dans les terres crétacées du val d'Ombrone ; le gingembre , le cubèbe , l'anis, les feuilles de laurier, le cardamome, la nmscade, outre les fleurs de lavande cueillies en Italie, flattaient agréablement les sens. Il faut y ajouter la paille de la Mecque {Andropagon Schœnanthus), la scammonée, le galbanum, le laserpitium, la sarmentaire, l'aloès, la myrrhe, le camphre du Japon, le safran (1), la rhubarbe de la Sibérie méridionale , le séné, la casse, le badéguar, la galle d'aubépine, le ciste de Crète d'où l'on tire le laudanum, l'huile de sésame, la gomme d'astragale, la gomme-gutte, la gomme arabique, la sandaraque d'Afrique, le sang de dragon des Canaries. Les produits d'Italie, d'Espagne, de Grèce, l'huile, le riz (2),

(1) L'importance de ce végétal est attestée par les règlements de tous les pays mercantiles. Le Statut de Lacques, rub. CXXI (ap. TOMMASI, Somviario) , défend d'en vendre avant qu'il ait été reconnu par des inspecteurs spéciaux. A Gènes, tout falsificateur de safran avait, la première fois, la main gauche coupée, et, la seconde, on le brûlait vif avec ce safran.

(2) Le riz provient de l'Inde et de la Chine; mais on est loin d'être fixé sur l'époque de son introduction en Italie. D'un document du Codic: (Hplomrit'ico aral'o-siculo de monseigneur Airoldi, t. II, part. II, p. 94, il résulte que, en 880, ou fil eu Scile une telle récolte de riz qu'il fallut établir un magasin spécial. Le traité d'agriculture de Pierre Crescenzi n'eu lait pas mention; mais le traducteur, qui vécut peu après, c'ost-à-dire au commencement du quatorzième siècle, l'ajouta aux autres matières de l'original. Les tarifs de Jean et de Lucchino Viscouti font encore figurer le riz parmi les épices ; les Vénitiens, au quinzième siècle , l'exportaient de l'Egypte et de l'Espagne. H parait qu'il fut introduit dans le royaume de Naples par le.s Aragonais, et nous savons que les ducs d'Atri le firent cultiver dans la plaine entre les embouchures du Tronic et du Pescara.

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