‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 53 sur 352 · JUIFS · texte numérisé non relu

JUIFS

usure exorbitante; les gens ruinés, les paresseux, les accusaient de tous les crimes, dans le but de s'affranchir de l'obligation de payer les sommes qu'ils leur devaient; ainsi, odieux et nécessaires, ils menaient cette existence exceptionnelle, qui est une singularité au milieu des singularités du moyen âge. Mais ces expulsions continuelles, pour les rappeler continuellement, attestent l'importance croissante des richesses commerciales , au moyen desquelles désormais l'atelier équivalait au château. Si les juifs, dans la France et l'Angleterre, étaient exposés aux brutaUtés de la plèbe , aux persécutions des prêtres , à l'insatiabilité des rois, qui les appelaient pour leur faire des emprunts , puis les bannissaient afin de leur vendre la permission de rester, en Italie, ils pouvaient trafiquer, sinon sans haine, au moins sans péril ; en outre, si à cause de l'opinion, réveillée même de nos jours, qui leur reprochait d'immoler des enfants à Pâques, ils inspiraient de l'horreur à la Florence cultivée autant qu'à la Naples fanatique, souvent les statuts les reconnaissaient, au moins pour modérer l'aversion. Venise, en 4400, autorise deux juifs à fonder une banque de prêt; quand elle prit Ravenne, elle s'obligea à y envoyer des banquiers juifs, lesquels avaient des maisons àRome, àFlorence, à Pavie, à Parme, à Mantoue, enfin dans toutes les villes principales.

Les juifs d'Italie portèrentdes plaintes àMartinVsur les mauvais traitements qu'ils souffraient ; ce pape, continuant l'œuvre de ses prédécesseurs , promulgua des privilèges en leur faveur, avec défense aux inquisiteurs et à toute autre personne laïque ou ecclésiastique de prêcher et d'exciter le peuple contre eux; de les molester, à moins qu'ils ne fussent fauteurs d'hérésie, de les contraindre à suivre les offices divins, et d'en baptiser aucun avant l'âge de douze ans. Quelques prédicateurs cependant, surtout parmi les ordres mendiants, exhortaient les chrétiens à éviter tout contact avec les juifs , à ne pas cuire leur pain, à ne leur rendre aucun service, à ne rien leur emprunter, sous peine d'encourir les censures ecclésiastiques; quelques-uns, entraînés par ces excitations, les troublaient dans leurs possessions, les frappaient, les injuriaient, les tuaient , ce qui « les rendait plus obstinés dans leur perfidie, tandis qu'on pouvait les captiver avec la charité». Dans sa bulle du 27 juillet 1459, Pie II les prend sous sa protection : « Qu'ils aient des synagogues et des sépultures sans empêchement; qu'on ne les oblige point à vivre selon nos usages, ou à travailler le samedi; qu'ils aient le droit de couver-

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