LETTRES DE CHANGE
compagnies des Baccherelli, de la Cella, des Gerchi, blancs et noirs, des Frescobaldi, des Nerli, des Bardi, desAcciaïuoli, et à d'autres de Florence, de ne rien rembourser aux marquis Aldobrandino des sommes que leur père leur avait confiées . Jean Bodin désapprouvait une banque de Lyon , dans laquelle mettaient des fonds, non-seulement des princes, mais encore le pacha, et qui fit des conditions très-onéreuses à François I", outre qu elle prêtait à Henri II, au nom des Capponi et des Albizzi , à 10, J 2 et parfois d6 pour 100. Borromeo des Borromei, de ce même San Miniato, d'où sortirent bientôt les Buonaparte et les Sforza, prêtait, en 1379, 80,000 florins d'or à Jean-Galéas Visconli. En 1321, les Peruzzi devaient recevoir des chevaliers de Saint-Jean 191,000 florins d'or, et les Bardi 133,000. La faillite des Scali, en J339, qui s'éleva à 400,000 florins, fut regardée comme un désastre public, ainsi que celle des Peruzzi et des Bardi, de 1,363,000, lesquels feraient aujourd'hui 40 millions.
Jean Villani attribue aux juifs les lettres de change. Bannis de France sous Dagobert I*'", en 630, sous Philippe-Auguste, en 1181 , et Philippe le Long, en 1316, ils se retirèrent en Lombardie, et, pour recouvrer l'argent qu'ils avaient laissé dans ce royaume, ils donnaient des lettres spéciales à des marchands et à des voyageurs. Quel cas faire d'une indication de temps aussi indéterminé , d'autant plus que le décret de bannissement défendait de communiquer avec les juifs expulsés et de leur donner aucune assistance? 11 est plus rationnel de faire honneur de cette invention aux Guelfes de Florence, qui, exilés par les Gibelins, retirèrent de l'argent de leur pays au moyen de lettres de change, payables surtout à Lyon. Les Gibelins, chassés à leur tour, se réfugièrent à Amsterdam, et firent la même chose (1).
Quelques lettres de change n'avaient pas de destination particulière, ce qui se faisait spécialement pour le Levant, et Fibonacci semble les indiquer dès l!202; d'autres portaient l'ordre de payer à des personnes nommées. Le premier exemple certain est du pape Innocent IV, qui, en 1246, liausmettait 25,000 marcs d'argent à l'anlicésar Henri Raspon, lesquels devaient lui être payés à Francfort i)ar une maison de Venise. En
(1) L'exemple de Cicéron, qui chtirge Atticus de payer en Grèce une somme dont il lui fera les fonds à Rome, est runi([ue exemple de change ciiez les anriens ; mais il s'agissait d'un émigré de Rome, qui avait laissé dans cette ville ses biens et ses parents : c'était donc un change l'ait par l'amitié plutôt qu'une o])ération de banquier.