LETTRES DE CHANGE
l^oS, Henri III d'Angleterre autorisa quelques Italiens, ses créanciers, à se rembourser au moyen de traites sur des évêques de son royaume, traites dont la valeur s'élevait à 450,540 marcs ; le légat pontifical eut soin de les faire payer exactement. Les négociants trouvèrent avantageux d'établir la balance des parties sans l'intervention des banquiers, au moyen de traites, et la plus ancienne qui nous reste est d'une maison de Milan qui, en 1,326, tirait à cinq mois de date sur une autre maison de Lucques (d). Le jurisconsulte Baldo cite deux lettres de change, Tune de 1381, sous des noms supposés, l'autre de 1393, de Borromeo des Borromei, de Milan, sur Alexandre Borromeo.
Un règlement de 1 394 enjoint aux négociants de Barcelone de payer les lettres de change dans les vingt-quatre heures après la présentation , et de mettre derrière l'acceptation ; il paraît que l'on connut aussi les protêts. Plus tard s'introduisirent les endossements, qui en constituent la véritable commodité. S'il est vrai que les juifs inventèrent les lettres de change, leur théorie complète est due aux Italiens, qui les étendirent pour encaisser les fonds que la cour romaine avait à recevoir de toutes les parties du monde.
Les négociants restaient peu de temps aux foires de Champagne, très-fréquentées parce qu'elles se tenaient entre l'Italie , le midi de la France et les Pays-Bas ; aussi les rois de France décrétèrent que l'on procéderait par voie sommaire contre tout individu qui laisserait échoir une lettre de change signée dans la foire précédente. De là le droit de change ; on obHgeait souvent les débiteurs à énoncer dans les reconnaissances que la dette avait été contractée en temps de foire, afin de jouir du privilège qu'elle conférait.
Les banques publiques , qui , dans les transactions de commerce, substituent les billets au numéraire, c'est-à-dire doublent les titres légaux de l'échange, furent une institution très-avantageuse. 11 paraît que Venise, dès 1171, possédait une banque de crédit; d'autres villes en établirent, mais aucune sur une échelle
(t) Voir Targioni (^Voyages, vol. II, p. 02), qui contient plusieurs lettres de change , avec les formes actuelles, copiées dans un registre de correspondance d'un marchand de laines de Florence.
Eniiliani Giudici a publié deux lettres de commerce, de 1290 et 1291, de la maison (^onsiglio des Cerchi et compagnie de Florence, dont la teneur ne diffère pas de celle des lettres d'aujourd'lnn".