H 4 COMMERCE DE GÊNES
permettait aux Génois d*aborder dans ses ports avec des agents et des serviteurs, pourvu qu'ils ne fussent pas Français, et d'introduire ou d'exporter des marcliandises selon les anciennes coutumes; seulement ils devaient s'abstenir d'aider de leurs forces et de leurs conseils les ennemis de l'Angleterre, qui promettait à son tour d'agir de même avec les ennemis de Gênes. Bientôt ce royaume, cédant aux fausses idées d'alors, c'est-à-dire persuadé que les restrictions qu'il mettrait au commerce des autres seraient une cause de prospérité pour le sien, défendit d'exporter et d'importer des soieries; mais les ceintures de Gênes furent exceptées, et, pour les draps, on acheta la guède des Génois.
Il fallait une politique très-prudente pour se maintenir en paix avec des peuples de civilisation si diverse, sans cesser toutefois de se faire respecter. Nous avons vu combien les Génois déployèrent d'habileté en face des musulmans ; sur les côtes de la Barbarie, les fréquents changements de dynasties ou de tribus dominantes suspendaient les bonnes relations , mais tous s'empressaient de les renouer. La guerre parut sur le point d'éclater avec ces peuples , lorsque l'amiral Philippe Doria prit et saccagea Tripoli, qu'il vendit à un Sarrasin après en avoir enlevé sept mille esclaves et 1,800,000 florins d'or; mais le gouvernement génois se déclara étranger à ce fait et le désapprouva.
Heureuse Gênes, si elle avait su profiter de tant de causes de prospérité! mais les incessantes agitations de l'intérieur l'empêchaient de prendre de sages mesures à l'égard du commerce. La dette publique augmentait , non par suite de dépenses d'intérêt général, mais à cause des rivalités de partis, et la banque de Saint-George, qui devait remédier au mal, offrait au contraire un moyen de l'aggraver; c'est ainsi que, dans les maladies sérieuses, les médicaments deviennent préjudiciables. Cette banque, néanmoins, qui resta une des plus remarquables institutions du moyen âge, attestait que les négociants furent toujours la partie la plus saine de cette république turbulente; outre les services éminents qu'elle rendait à l'Etat , elle put venir en aide aux étrangers comme aux nationaux, aux particuliers comme aux princes. Les papes et les empereurs confirmaient ses privilèges, et tout sénateur qui entrait en charge jurait de les maintenir. Les huit protecteurs des achats étaient toujours choisis parmi les meilleurs citoyens; car il importait beaucoup que les hommes auxquels les indigènes et les étrangers confiaient leur
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foi'luiiâ jouissent d'une excellente réputation. Ils donnaient leur avis dans toutes les décisions de gouvernement et d'intérêt public, équipaient des navires pour le compte de la banque, faisaient des conquêtes et gouvernaient comme de nos jours la compagnie des Indes ; on leur céda même la Corse et les colonies du Levant.
La ruine des établissements du Levant fut d'autant plus préjudiciable à Gênes que les Rivières ne lui fournissaient pas assez de marins. D'autres nations lui firent concurrence sur les marchés, et la prospérité de Florence fut tout entière à son détriment. Les Génois cependant faisaient encore de grands profits : Barthélémy Pellegrini devint, par le commerce de l'alun et du mastic, le négociant le plus riche du Levant, et Bajazet P"^ l'accepta comme caution pour la rançon du comte de Nevers et, de vingt-quatre autres seigneurs français restés prisonniers à la bataille de Nicopolis (1). Antoine SauH fit des bénéfices si considérables sur la ferme du sel à Gênes et à Lucques qu'il put prêter à Charles VllI 93,000 écus d'or; ses descendants cons' truisirent la magnifique église et le pont de Carignano.
Venise, après sa guerre malheureuse avec les Génois, avait dû s'humilier à souscrire un traité qui, pendant treize ans, lui défendait de pénétrer avec des navires armés dans le détroit des Dardanelles, de manière que les voies du commerce pour la haute Asie et les pays du Caucase lui étaient presque fermées ; mais elle ne tarda point à rompre les mailles de ce file' , et l'amiral Giustiniani , après avoir assailli Constantinople, obtint de nouveaux privilèges. Il fut reproché aux Génois d'être restés spectateurs indifférents de cette lutte, bien qu'ils eussent flatté l'empereur de l'espoir d'un secours ; en réalité, ils songèrent à tirer parti de sa terreur, et lui firent entrevoir qu'il devait, pour les mettre en mesure de l'aider efficacement dans le cas de nouveaux dangers, leur concéder une plus grande étendue de territoire. En effet, un acte de délimitation de 1303 et un traité do 1304 accrurent les privilèges de la colonie de Gajata, située de manière à commander le passage de la mer Noire; or la douane des Dardanelles rapportait à l'empire grec 30,000 pièces d'or, et 270,000 aux Génois.
Ce peuple donna la main à l'empereur contre les aventuriers catalans qui osèrent attaquer la capitale et s'établir à Gallipoli ,
(l) Giustiniani, Annales, vi.