LITTÉRATURE DES VOYAGES
Florence; un autre, des voyages de Vénitiens, fut mis au jour par Antoine Manuzio. Jean-Baptiste Ramusio, fils de Paul, homme de lettres célèbre, chargé de plusieurs ambassades, connaissant diverses langues, conçut une passion véritable pour la cosmographie, dont il avait fondé une académie dans sa maison, à Venise. De toutes les relations connues, il fit le meilleur recueil sous le titre : Des navigations et voyages... dans lesquels sont décrits avec exac/itude tous les pays découverts depuis trois cents ans, soit du côté de l'est et de l'ouest, soit vers le midi et le nord. Cet ouvrage, imprimé pour la j)remière fois à Venise en 1550, eut ensuite plusieurs éditions. Livio Sanuto recueillit également les meilleurs travaux relatifs aux découvertes, et représenta sur un globe tout le monde connu, de telle sorte qu'on peut le considérer comme le premier qui ait corrigé les anciennes cartes. Malheureusement, de toutes celles qu'il dressa, il ne s'en est conservé que douze, publiées après sa mort en 1586, et gravées par son frère Jules; l'Afrique est reproduite avec une telle exactitude que les découvertes récentes l'ont à peine modifiée.
Alexandre Geraldini d'Amelia, dans lOmbrie, combattit en Espagne, fut échanson de la reine Isabelle, finit par entrer dans les ordres, et fit l'éducation de quatre princesses qui devinrent reines. Il favorisa les projets de Colomb en réfutant les sophismes des théologiens qui le contrariaient; après avoir rempli des ambassades dans la plupart des cours de l'Europe, il mourut évoque de Saint-Domingue, en Amérique. 11 écrivit plusieurs ouvrages de théologie, des exhortations aux chrétiens contre les musulmans, et l'itinéraire aux Antilles, outre des traités sur les antiquités, les rites, les mœurs, les religions des peuples de l'Ethiopie, de l'Afrique, de l'océan Atlantique, de l'Inde. Néanmoins il assure avoir connu et visité des peuples et des rois qui ne sont mentionnés par aucun autre écrivain; il cite même des inscriptions latines, évidemment fausses, qu'il prétend avoir copiées en Afrique : tant, à cette époque, on se souciait peu de l'exactitude.
D'autres continuèrent à faire des voyages. Jean d'Empoli, en 1503, arrivait au Malabar. Le Florentin Philippe Sassetti, bon mathématicien et sage écrivain, visita les Indes, et l'on prétend qu'il remarqua le premier la déclinaison de l'aiguille aimantée , phénomène signalé avant lui, comme nous l'avons établi.
Louis de Vertema. gentilhomme bolonais, écrivit son voyage dans le Levant, qui fut imprimé et traduit dans toutes les langues. Parti de Venise après l'année 1500, il visita TÉgypte et la
VERTEMA. GASPARD BALBI. (^5
Syrie; ayant appris l'arabe, il quitta Damas en 1503, et, bravant les incommodités du voyage, il se rendit à la Mecque, dont il admira le grand marché, bien qu'il eût décliné depuis qu'on avait découvert la roule maritime de l'Inde. Un Maure, qui avait visité Gênes etVenise, le reconnut pour Italien, etVertema, pour se soustraire au châtiment réservé à l'infidèle qui pénètre dans la sainte demeure, dut se feindre renégat et maudire les Portugais. Ce Maure lui proposa de se mettre au service du roi du Décan pour lui fondre des canons, et la soif des aventures lui fit accepter. Il débarqua donc à Aden ; mais, reconnu, il fut mis en prison, et ne parvint à se sauver qu'en simulant l'idiotisme et en amusant la reine avec ses bouffonneries. Alors il visita beaucoup de villes de l'Arabie Heureuse, traversa la Perse, et finit par arriver à Ormus, Hérat et Schiraz, centres d'un trafic très-animé. Il s'associa avec un marchand de la Perse; mais, comme la guerre l'empêcha de gagner Samarcande, il se mit à visiter d'autres pays jusqu'à Calcutta, où se trouvaient quinze mille négociants étrangers.
Vertema décrit longuement les contrées de l'Inde, c'est-à-dire en homme qui les a vues réellement; mais souvent il les comprend mal, et plus souvent il n'observe point ces détails qui en forment le caractère. Il continua de faire du commerce dans ces mers, et se rendit au cap Cnmorin, à l'ile de Ceylan et au Bengale, puis au Pégu, à Sumatra, à l'île des Épices, à Bornéo, à Java. De retour à Calcutta, il rencontra deux Milanais venus dans rinde avec les Portugais, et qui avaient déserté ; il s'entendit avec eux pour fuir des pays musulmans, et réussit à retourner parmi les chrétiens. Les Portugais lui firent bon accueil pour les renseignements qu'il leur fournit sur des régions inconnues, et lui facilitèrent son retour à Lisbonne, où le roi le fit chevalier; de cette ville, il revint dans sa patrie en 1508.
Le Vénitien Gaspard Balbi, négociant de pierreries , se trouvant à Alep en 1579, résolut de visiter l'Orient; arrivé à Bir surl'Euphrate, il parcourut ce fleuve rempli de périls jusqu'à Bagdad; de cette nouvelle Babfjlone, il descendit par le Tigre à Bassora, puis à Ormus, en observant la pèche des perles à Baharein ; enfin il atteignit Diu et Goa, où grandissait alors la puissance portugaise. Sa description, au point de vue de l'histoire et de la géographie, n'ajouta rien aux connaissances acquises; mais, comme il était marchand, il fournit des renseignements détaillés sur le commerce, les prix, les directions. De Goa il se rendit à Gochin,