I5G GASPARD BALBI. PIERRE DE LA YALLE
puis à San Tome, par le cap Comorin, remarquant les grands succès des missions jésuiti(jues. Avec des marchands portugais il fit voile pour le Pégu, royaume puissant qui avait sous sa domination les États de Siam et d'Ava, dont il trouva la capitale grandiose, ce qu'elle resta jusqu'au moment de sa destruction par les Birmans, au siècle dernier. Le prince, l'ayant interrogé sur son pays, éclata de rire en apprenant qu'il se gouvernait sans roi ; il lui fit don d'une coupe en or et de tapis chinois, et lui acheta beaucoup d'émeraudes, en lui donnant en échange d'autres pierres précieuses, avec des morceaux de plomb qui tenaient lieu de monnaie dans ce royaume.
Malgré son désir d'aller à Ava pour s'y procurer des rubis, il dut suspendre son voyage à cause d'une rébellion ; le roi de Pégu, suspectant ses officiers et gouverneurs d'être d'inteUigence avec les révoltés, les appela près de lui, et les fit brûler avec leurs familles, au nombre de quatre mille. Balbi put voir, avec des marches et des festins, les solennités triomphales de la victoire, au milieu desquelles figurèrent en grande pompe les éléphants blancs du roi. Il nous représente ce peuple comme doux, tolérant, façonné par les bons exemples des talapoins, moines austères et charitables, qui n'empêchaient pas de se faire chrétiens, en disant que l'on peut être vertueux dans toutes les religions. Cette ville envoyait de l'argent au Bengale, du riz à Malacca, mais fabriquait surtout des étoffes de coton. Nous ne le suivrons pas dans son retour , ni dans la description qu'il fait des usages du Malabar, d'où, par Ornais, il revint en 1588 à Alep, qu'il avait quittée en i 579., Deux ans après, il publiait à Venise son Voyage des Indes, précieux, soit à cause de la simplicité qui fait croire à ses récits, soit parce qu'il fournit les premières notions] sur l'Inde transgangétique et particulièrement sm\ le Pégu.
Pierre de la Valle peut donner la mesure de la légèreté, sinon de l'impudence des voyageurs. Parti de Rome avec le projet de parcourir les contrées principales de l'univers, pourvu d'enthousiasme et de foi, mais non de critique, il aborde sur un navire vénitien à Gorfou, où il révère les reliques de saint Spiridion, et trouve un descendant de Judas Iscariote. A Zante, il voit une fontaine dont l'eau provient de la terre ferme en passant sous les salses, à tel point qu'il en jaillit une fois une tasse d'argent. De Troie, qu'il reconstruit avec tant de facilité, travail si ardu pour les modernes, il arrive à Constantinople où il voit de grandes merveilles, et déplus grandes lui sont racontées, par