PIERRE DE L.V VALLE
exemple, les deux immenses citernes sur lesquelles sont suspendus Sainte-Sophie et l'Hippodrome, que soutiennent seulement quelques rangées de pilastres.
Harlais, ambassadeur de France, lui facilite l'entrée du sérail, où il baise la main de l'empereur; mais,ipréoccupé des mœurs et des cours européennes, il ne comprend rien à celle-là. Dans toutes les maisons, il voit faire usage d'une boisson noire qu'on appelle café, et qu'il compare, pour les effets, au népenthe avec lequel Hélène calmait les ennuis desTroyens assiégés. En Egypte, il voyage la Bible et le légendaire à la main, recueille partout de pieuses traditions, mais avec plus d'abondance lorsqu'il est entré dans la Palestine ; ces récits, bien que grossiers, ont du charme à cause delà bonne foi et de la simplicité de l'auteur. Après qu'il eut joui du bonheur de se prosterner sur le tombeau du Christ, et de recevoir la communion sur celui de sainte Catherine , il se plongea davantage dans la piété et bannit tout ce qu'il conservait de mondain, S'étant dirigé vers Babylone avec la caravane, il entend parler de la beauté merveilleuse, de la rare intelUgence, de l'incomparable vertu de la fdle du plus riche habitant de Bagdad, et .d'après cette renommée, il en devient amoureux ; il ne songe alors qu'à hâter son arrivée, rol)lient en mariage, et conduit à Rome la belle ÏNlaani Joréida.
Jacques Morelli, bibliographe dislingué, a publié (en petit nombre d'exemplaires) une dissertation sur Quelques voijageurs ériidits de Venise peu connus (Venise, 1803), qui sont Paul Trevisano, Jean Bembo, Pellegrin Brocardi, Ambroise Bembo, Jean-Antoine Soderiiio,ct, moins estimés, Barthélémy Dandolo, Bonaiuto Albani, Théodore Gradenigo, Nicolas Brancaleone, Antoine Priuli, Charles Maggi, Cechino Martinello. Chose étonnante ! les muses italiennes, graves ou légères, ne tirèrent aucune étincelle de tant de prodiges, qui devaient exciter l'imagination et la verve poétique. Quelques poèmes sur ces faits glorieux suivent les traces des œuvres antiques, et les allusions qu'on y trouve sont loin d'atteindre les modèles, pas même chez le Tasse et l'Àrioste.