CARACTÈRE GÉNÉRAL DES ITALIE^•S
se relevèrent et rétablirent la démocratie, qui donna les fruits les meilleurs et les plus amers. Dans la vie démocratique, l'homme, dont le caractère s'ennoblit par l'obéissance aux lois autant qu'il est abaissé par l'obéissance à un homme, travaille pour lui-même, non pour un maître; dès lors, il conçoit une haute idée de sa personne et de son pays, se rend affable dans la conversation, parce qu'il ne s'imagine pas qu'un autre le déchire alors que lui-même s'abstient de toute médisance, et fortifie son bon sens par ses entretiens avec ses semblables, dans lesquels il apprécie plus le jugement et les sentiments que les manières, le fond que la forme. Au milieu de cette existence pleine et active, on recherche moins la liberté de chacun que l'indépendance de tous.
Pour nous qui, par liberté, entendons la jouissance paisible des biens sociaux, l'indépendance domestique et personnelle , la garantie contre les abus du pouvoir dans quelques mains qu'il se trouve, nous ne la rencontrons point dans ces temps, alors que l'on considérait comme libre quiconque participait à la souveraineté, au pouvoir actif. Voilà pourquoi, comme on préférait le gouvernement du plus grand nombre, on avait la liberté politique plutôt que la liberté civile. Aujourd'hui, quelle que soit la forme du gouvernement, nous demandons la séparation des pouvoirs, l'indépendance des juges, l'inviolabilité de la personne; nous voulons soustraire aux châtiments la pensée, la discussion philosophique, les licences de la parole, la raillerie, les usages, le luxe. Alors, au contraire, on essayait de toutes les formes politiques, non pour trouver le moyen de garantir contre les abus de l'autorité, mais de représenter le peuple. La souveraineté de tous semblait un remède au désordre ou un dédommagement; cette souveraineté, émanée du peuple , était confiée à des magistrats temporaires et responsables. Dans les aristocraties même, le nombre des électeurs et des éligibles se trouvait limité ; mais le pouvoir n'était pas irrévocable. Venise seule eut un doge à vie, mais son autorité fut soumise à de jalouses restrictions ; enfin, dans les principautés, il n'y avait pas de succession régulièrement établie , car l'idée d'élection, qui ne fut effacée que par la domination étrangère, survivait toujours.
Le choix des magistrats qui se succèdent dans des périodes trop courtes renouvelle la lièvre électorale; néannjoius riiabi tude des assemblées fortifie le sens comnjun et donne, avec l'expérience des affaires, le sentiment du droit et du devoir. Là