‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 95 sur 352 · G6 CARACTÈRE GÉNÉRAL DES ITALIENS · texte numérisé non relu

G6 CARACTÈRE GÉNÉRAL DES ITALIENS

OÙ le mercier ou le cardeur de laine peut devenir gonfalonier et doge, chacun ^ent le besoin d'avoir une bonne éducation ; là où deux et parfois six mille citoyens sont appelés chaque année à remplir des magistratures, ou bien à figurer dans les assemblées comme représentants du peuple, quels efforts ne doit-on pas faire pour mériter l'estime de tous ! Là où tout fonctionnaire est soumis au contrôle à l'expiration de son mandat, quel soin ne doit-on pas mettre à contenter le plus grand nombre ! L'État n'étant point le privilège d'une classe, on s'occupe des institutions utiles au peuple ; les hospices et les écoles se multiplient, de somptueux édifices s'élèvent , et l'on voit , ce qui est un caractère particulier de la démocratie, des manières polies chez tous les habitants. Si, au delà des Alpes, le palais et la cathédrale, dont les masses se dressent au-dessus d'informes demeures , indiquent les largesses et le décret d'un roi parmi un peuple nul , en Italie, les rues alignées, les promenades, les maisons construites sur plan , expriment le génie général et le concours de la nation entière, dont l'activité se manifeste non-seulement dans les capitales, mais encore dans les petites villes, à la campague, et même au milieu des vallées isolées.

Qui restait exclu des jouissances auxquelles conviaient la nature , l'art , la pensée , l'activité commune ? Combien il est doux pour l'homme de jouer un rôle dans les destinées de son pays, de n'obéir qu'à des lois qu'il a lui-même discutées et sanctionnées, de ne supporter que des charges volontairement acceptées, de ne reconnaître que les autorités choisies par lui, en un mot, de sortir du cercle étroit de la vie individuelle et domestique pour vivre et sentir en commun, donner et recevoir des impulsions pour des actes honorables! Au milieu des passions politiques, l'âme peut se dépraver, mais non s'avilir autant que dans les calculs ignobles du courtisan, du solliciteur, du financier.

Ceux qui se figurent que l'imprimerie et l'émancipation de la pensée sont la source unique de l'immoralité ont pu voir par notre récit combien le vice qui accompagne Tignorance et la barbarie dégradait les hommes ; néanmoins la foi et la charité couvrent ce spectacle misérable, beaucoup de laideurs disparaissent quand on les contemple de haut, et les qualités qui distinguent l'Italien se dégagent du milieu des erreurs et des défauts d'une jeunesse toute d'expérience. Comme il n'est pas sous l'empire de besoins urgents, et ne lutte point contre un

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