ARTISTES PIÉMONTAIS
fresques bien imaginées; dans les toiles, il est tout à la fois har* monique et vigoureux, bien qu'il manque de goût dans le dessin, mais surtout dans les visages d'anges et de vierges. Sans parler des nombreux portraituristes , Antoine Travi, dit le Sourd, de Sestri, et Sinibald Scorza, de Yoltaggio, qu'on prendrait pour un Flamand, se distinguèrent dans le paysage ; Jean-Benoît Castiglione ne le cède qu'à Bassano pour les animaux. La peste de 1657, qui parut frapper de préférence les artistes, dissipa cette école, qui se reforma plus tard, mais pour imiter Moretto; elle produisît des artistes de quelque renom , conune André Carloni, Peliegro Piola, Banchero de Sestri, Parodi, sculpteur et architecte de styles variés , et dont on admire Tantichambre Negroni.
Moncalvo (Guillaume Caccia de Montabone ) est le seul artiste piémontais qui mérite d'être cité, pour les chapelles du Saint-Mont de Créa, la coupole de Saint-Paul à Novare, et ses travaux chez les conventuels de Moncalvo. Turin, entraîné dans la carrière des armes , songeait peu aux arts; toutefois, en 1665, il fonda la so* ciété de Saint-Luc, qui fut bientôt érigée en académie; mais on appela de préférence des artistes du dehors, comme Jean-Miel, d'Anvers, le Viennois Daniel Leiter, le Français Charles Dauphin, Banier et Yanloo. Guarino Guarini , théatin de Modène, bien qu*il eût étudié les meilleurs écrivains et connût la philosophie et la physique, remplit Turin de travaux détestables, comme on peut le voir dans la chapelle de Sainte-Sindone, à Saint-Laurent des théatinset surtout au palais Carignan; la chapelle de Sainte* Sindonc, toute en marbre noir et à formes grandioses, se fait admirer pour les diflicultés statiques et stéréotomiques vaincues par l'architecte, afin d'élever cette coupole à zones hexagonales en forme d'étoiles , disposées de manière qu'elle paraît tout à jour, et se ferme au sommet par une étoile également à jour, à travers laquelle on voit une autre voûte; les contorsions, le plan, l'élévation et les ornements forcés, les fenêtres ovales, les colonnes torses, les frontons brisés, les bizarres additions qui surchargent Tordre dorique, ne Tempêchèrent pas d'être recherché au delà des monts et de la mer. 11 est suivi de près par le jésuite André Pozzo de Trente, qui dessina l'autel de Saint-Ignace au Jésus de Rome, et celui de Gonzague à Saint-Ignace^ l'un et l'autre prodiges de richesse et de mauvais goût. Dans la P^r^pec^iv^^/e^/^em^re^e/ des architectes, \\ donna des règles et des exemples qui sont tout l'opposé de ce que doit faire quiconque veut bien faire; lui-même exécuta beaucoup de fausses coupoles, et, dans la tribune de Frascati, il fit apparaître
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tous les membres architectoniques convexes sur une superficie concave.
On abusa étrangement de pareils artifices , et surtout dans les voûtes, où toute chose devait se voir de bas en haut, hommes^ maisons, arbres; cette profusion de mauvais goût se fit sentir dans la peinture à fresque^ car la partie architecturale était surchargée de feuillage^ de vases, de pierres précieuses^ de grotesques, de monstruosités, Jérôme Curti Dentone avait restauré la perspective et les décorations théâtrales; il étudiait le relief avec tant de soin que Ton crut qu'il aidait à l'effet de ses corniches au moyen du stuc. Il inventa un procédé pour appliquer Tor sur les ouvrages à fresque. Michel-Ange Colonna, le meilleur quadraturiste, savait se conformer au style des peintres avec lesquels il travaillait ; cet artiste et Mitelli furent appelés à Madrid par Philippe IV. Jacques Torelli de Fano, habile architecte pour les théâtres , inventa à Venise un mécanisme pour changer à Tinstant les décorations, artifice qui n'avait pas été employé jusqu'alors; en France , comme architecte royal, il fit des machines et des feux d'artifice, éleva dans Paris le théâtre du pplit Bourbon, et son concours fut utile aux représentations des pièces de Corneille. Dans sa ville natale, il fit un théâtre qui fui considéré comme supérieur à tous les autres , au point que , celui de Vienne ayant brûlé en 1699, l'empereur ordonna qu'on le reconstruisît sur ce modèle. Ferdinand, François et Antoine Galli de Bibiena, peintres et architectes de théâtres, étaient appelés à l'envi pour organiser des fêtes, peindre des salles de spectacle et des décors.
Le Tintoret avait fait croire aux Vénitiens que faire vite était un mérite, et Jacques Palma le jeune gâtait ses excellentes dispositions par un travail hâté. Jérôme Forabosco fut un détestable portraituriste. Charles Ridolfi s*en tint aux bonnes méthodes^ et voulut môme écrire les vies des peintres de cette école. Dario Varotari, dans ses travaux de Saint-Égidius de Padoue, prouvé qu'il a étudié les maîtres du quatorzième siècle. Son fils Alexandre, dit le Padovanino et formé sur le Titien, raccourcit avec peu d'intelligence, et sa grâce est toute conventionnelle. Sébastien Ricci de Bellune, lorsqu'il recevait une commande, rappelait à son souvenir les nombreux tableaux qu'il avait vus dans beaucoup de pays^ et contrefaisait le style de chacun avec une grande facilité ; il vaut mieux dans la peinture à fresque. Marc, son élève et son neveu , fit des paysages avec une fidélité inusitée , et laissa en Angleterre ses meilleurs tableaux.