PICCOLOMINI
a Cet accident (dit l'ambassadeur vénitien) sera pendant longtemps un obstacle aux exécutions futures de la justice. » La correspondance de cet ambassadeur nous apprend aussi qu'un GafTarelli, gentilhomme, s'amusant avec d'autres jeunes gens, fit rouler du haut de l'escalier d'Aracœli un tonneau rempli de pierres, qui écrasa et blessa beaucoup d^individus endormis en cet endroit ; qu'un certain Vincent Vitelh', un soir quMl rentrait chez lui, fut assailli et tué par sept individus armés, que soutenaient une trentaine d'autres, disposés dans le voisinage (1). Â chaque instant, il mentionne des scènes semblables.
Alphonse Piccolomini, duc de Montemarciano, puissant feudataire , commença dès sa jeunesse à piller, soit comme soldat ou bandit; entouré d'une troupe de bravi, il exerça d'atroces vengeances sur les Baglioni de Pérouse. Grégoire XÏII l'excommunia et confisqua ses biens; ne voyant alors dans les gouvernements que de l'arbitraire, dans les populations qu'une honteuse lâcheté, il se mit en guerre ouverte avec la société. Tous les voleurs qui se trouvaient dans la Toscane et la Romagne, il les réunit autour de lui, pour en fournir à quiconque en avait besoin. A Montabboddo, qu'il avait envahi, il fit supplicier ses adversaires, au milieu des danses sauvages de ses bandits; il envoya dire aux habitants de Corneto de se hâter de faire la moisson, parce qu'il devait brûler celle de Latino Orsino ; ayant arrêté un courrier, il lui enleva ses lettres sans toucher à l'argent.
Les voisins, que Grégoire avait indisposés par sa ténacité à faire valoir les droits pontificaux, le virent dans l'embarras avec plaisir, et lorsque les bandits étaient serrés de près, ils leur offraient un asile: la force et les excommunications étaient donc impuissantes. Sérieusement attaqué, Piccolomini se retira sur le territoire toscan ; puis, ennuyé de son oisiveté, il recommença ses déprédations en 1581. Le pape dut alors traiter avec ce brigand, et, par l'intermédiaire du grand-duc, il lui restitua ses biens, avec un pardon général pour lui et les siens. Piccolomini fit'une entrée solennelle
noine , une sœnr et le père da mari , des serviteurs et même l'individu qui lui âTait servi d'espion et de guide; puis il quitta l'État pontifical, 25 février 1576.
On y parle beaucoup de Piccolomini et des siens. — « Dernièrement, ils se sont établis par force dans un palais du seigneur Bonello, afîn de protéger les gens qui moissonnaient quelques terres confisquées à Piccolomini , lequel a cent quatrevingts bravi, qui vont où il leur plaît. Lui<>méme, ayant laissé croître ses cheveux, jette partout l'épouvante avec son visage horrible, errant tantôt ici, tantôt là, etc. « 1581 .
(i) Correspondance du 10 septembre 1583; 16 août 1586.
SGIARRA. 21
dans Rome, logea dans le palais des Médicis', et présenta pour l'absolution une si longue liste d'assassinats, que le pape en fut saisi d'horreur^ surtout quand on le somma de les absoudre, sous menace de voir assassiner son propre fils.
Marc Sciarra commettait les mêmes méfaits dans les Âbruzzes ; il se faisait appeler roi Marcone, et à la tête de six cents bandits, qui donnaient la main à ceux de l'État pontifical, il répandait au loin l'épouvante ; enfin, il pilla Vasto et Lucera, dont il fit périr Tévéque^ et continua ses ravages pendant sept ans, se moquant de quatre mille soldats envoyés eontre lui par le vice-roi comte de Mlranda.
Les papes, en s'opposant aux réformés et aux Turcs, soutenaient la haute représentation de la chrétienté. Grégoire Xlll s'efforça de maintenir la ligue contre les musulmans ; il secourut d'argent Tempereur et les chevaliers de Malte^ se déclara pour l'indépendance de l'Irlande^ et se réjouit du massacre de la Saint* Barthélémy. Afin de couvrir les dépenses de ses entreprises^ il n'avait plus les tributs de toute la chrétienté ; toutefois^ comme il ne voulait pas se procurer d'argent au moyen de nouveaux impôts ou de concessions spirituelles, il songeait à supprimer certains privilèges d'étrangers et des abus de la noblesse, à réclamer beaucoup de châteaux tombés en déchéance ou pour lesquels on ne payait pas, à racheter même ceux qui étaient vendus ou hypothéqués ; mais en élevant les droits sur les marchandises il détourna le commerce d'Ancône^ et provoqua un mécontentement qui finit par une résistance ouverte.
On lui érigea une statue, « pour avoir aboli le droit sur la farine, orné la ville de temples et d^œuvres magnifiques^ et distribué huit cent mille écus aux pauvres avec une rare bienfaisance; pour avoir établi dans la ville et partout^ afin de répandre la religion, des séminaires destinés aux nations étrangères ; pour sa charité envers toutes les nations, grâce à laquelle des ambassadeurs du roi du Japon étaient venus^ après trois ans de navigation^ des îles les plus' éloignées du nouveau monde , offrir obéissance au siège apostolique, et le pape les reçut à Rome comme il convenait à la dignité pontificale (i). »
(i) Le langage du pape est italien , sentant son ramage boulognois^ qui est le pire idiome d'Italie , et puis de sa nature il a la parole mal aysée, Cest un beau vieillard, . . le plus sain et vigoureux qu'il est possible de désirer. . . d'une nature douce, peu se passionnant des affaires du monde , grand bâtisseur»,. Il n*est nulle fille à marier à laquelle il n^aide pour